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Valls l'imposteur

Publié le par Scapildalou

Valls l'imposteur

Manuel Valls fait suffisamment pour que je puisse l'insulter comme il faut. Il a achevé la mise en place d'un état garant de l'ultralibéralisme (c'est-à-dire un état garant des intérêts des banques donc en guerre contre le peuple à qui il est demandé de fournir ce que les banques jugent nécessaires à l'assouvissement d'un appétit pourtant insatiable), la mise en place d'un état policier, la destruction de l'éducation et de la recherche, la destruction du droit du travail (n'oublions pas que l'article 1 de la loi travail prévoyait tout de même la fin du droit constitutionnel dans l'entreprise... heureusement reste l'article 2 qui prévoit l'inversion du droit, c'est-à-dire peu ou prou la même chose), et en germes, la fin de la loi de 1905 sur la laïcité.

Bref, suffisamment de choses pour affirmer que Valls est un salop, un vrai clebs. Mais il a aussi commis un méfait qui est passé inaperçu, et qui pourtant ne l'est pas. Il a insulté la mémoire de Primo Levi et partant, celle de tous les déportés. Quel ordure...

Oui, Valls à insulté la mémoire de celui que je considère comme le meilleur écrivain de ce siècle (lisez « la clef à molette si vous doutez des talents de conteur de Primo Levi !).

Il y a quelques mois, au début de la vague d'attentats que nous traversons et auquel le gouvernement Valls répond uniquement par la haine et la violence, Manuel Valls donc, affirmait qu'il ne fallait pas chercher à expliquer, justifier ou à comprendre les terroristes, que ce serait alors leur pardonner, voire cautionner leurs actes.

Ma réaction a été outrée car sur ce sujet, c'est là le fond de commerce idéologique de l'extrême droite, d'affirmer qu'il est impossible de comprendre des « barbares » que seule la question de leur destruction se pose ; or justement échappe le sens de leurs actes, à savoir ce qui d'un contexte social pousse des gens (des hommes presque tout le temps visiblement) à commettre ce que nous jugerons comme étant insensé.

Mais là n'est pas réellement l'objet de ce papier. Par son affirmation, Valls en fait plagiait Primo Levi.

Tout d'abord, faisons un détour par L'imposteur de Javier Cercas (éditions Actes Sud). L'imposteur est une enquête de Javier Cercas sur un ancien dirigeant de la CNT, Enric Marco, par ailleurs ancien président de l'Amicale de Mathausen puisqu'il affirmait y avoir été déporté.

Néanmoins tous les actes héroïques de Marco n'étaient qu'inventions ; ce dirigeant anarcho-syndicaliste avait en effet créé une vie de lutte et d'actes de résistances qu'il n'avait jamais commis. L'imposture est révélée en 2005 et peu après Cercas décide de rédiger un ouvrage sur le bonhomme. L'ouvrage est très bon au passage, et raconte la vie incroyable de ce personnage auquel finalement on s'attache, Enric Marco, non pas affectivement mais au moins parce que dans la défense de ses idées révolutionnaires, il n'a jamais menti et a toujours été sincère.

Un passage du livre retiendra notre attention. Je cite :

(Pp.18-21)

J'ai lu dans le journal El Pais (…) une lettre au directeur signée par une certaine Teresa Sala, fille d'un déporté à Mauthausen et membre elle-même de l'amicale de Mauthausen. (…) elle disait : « je ne crois pas que n ous devions chercher à comprendre les raisons de l'imposture de M.Marco », elle disait aussi : « s'arrêter à chercher des justifications à son comportement revient à ne pas comprendre et à mépriser l'héritage des déportés » [on reconnaît là, bien évidemment, une position similaire à celle de Valls envers le terrorisme]

Voilà ce que disait Teresa Sala dans sa lettre. C'était exactement le contraire de ce que je pensais. Je pensais que notre première obligatio était de comprendre. Comprendre, bien sûr, ne veut pas dire pardonner ou, comme disait Teresa Sala, justifier ; plus précisément, cela veut dire le contraire. (…) La lettre de Teresa Sala traduisait un chagrin qui m'a ému ; elle m'a aussi rappelé ce que, dans Si c'est un homme, Primo Levi avait écrit à propos d'Auschwitz et de son expérience d'Auschwitz : 'peut-être que ce qui s'est passé ne peut pas être compris, et même ne doit pas être compris, dans la mesure ou comprendre, c'est presque justifier'. [on retrouve là presque mot pour mot la déclaration de Valls, qui s'est bien entendu abstenu de citer les sources de ses réflexions]

Comprendre c'est justifier ? Métais-je demandé des années plus tôt, quand j'ai lu la phrase de Levi, et je me suis reposé la même question après avoir lu la lettre de Teresa Sala. Cela ne relève-t-il pas plus tôt de notre devoir ? N'est-il pas indispensable d'essayer de comprendre toute la confuse diversité du réel, depuis ce qu'il y a de plus noble jusqu'au plus abject ? A moins que cet impératif générique ne soit pas valable pour l'holocuaste ? Était-ce moi qui avait tord, fallait-il ne pas essayer de comprendre le mal extrême et encore moins de quelqu'un qui, comme Marco, trompe le monde avec le mal extrême ?

[Cercas raconte alors un dîner avec Vargas Llosa où ce dernier l'incite à écrire sur Enric Marco]

Je pensais (…) Teresa Sala et à Primo Levi et je me demandais, puisque comprendre c'est presque justifier, si quelqu'un avait le droit d'essayer de comprendre Enric Marco et de justifier ainsi son mensonge et nourrir sa vanité.

Quelques pages plus loin, Cercas réfléchis à sa position face au fait d'écrire sur un imposteur comme Marco. Est-ce vraiment justifier que de chercher à comprendre ?

(P.49) Pendant les quatre ans qui ont précédé, alors que j'écrivais mon roman de fiction, j'avais à plusieurs reprises pensé à ces deux phrases [Celle de Teresa Sala et Primo Levi], surtout à celle de Primo Levi et à l'incohérence manifeste entre le fait qu'il l'avait écrite et celui d'avoir passé toute sa vie à essayer de comprendre l'Holocauste dans ses livres (sans parler du fait qu'il ait aussi écrit des choses comme celle-ci : 'pour un homme laïc comme moi, le plus important, c'est de comprendre et de faire comprendre'). Comprendre est-ce justifier me demandais-je chaque fois que cette phrase me revenait à l'esprit (…) jusqu'au jour où(...) je suis par hasard retombé sur la phrase de Primo Levi et où j'ai trouvé la solution.

Je l'ai trouvée dans un livre de Tzvetan Todorov. Todorov y argumentait que ce que disait Levi dans sa phrase (et, aije ajouté, ce que disait Teresa dans la sienne) ne valait que pour Levi lui-même et les autres survivants des camps nazis (y compris, ai-je ajouté, Teresa Sala, qui n'était pas survivante mais la fille d'un survivant et, donc, une victime des camps nazis) : ils n'ont pas à essayer de comprendre leurs bourreaux, disait Todorov, parce que la compréhension implique une identification avec eux, si partielle et provisoire qu'elle soit, et cela peut entraîner l'anéantissement de soi-même. Mais nous, les autres, nous ne pouvons pas faire l'économie de l'effort consistant à comprendre le mal, surtout le mal extrême, parce que, et c'était la conclusion de Todorov, 'comprendre le mal ne signifie pas le justifier mais se doter des moyens pour empêcher son retour'.

CQFD

Je pense qu'il n'est pas besoin de conclure plus en avant sur les petites phrases guerrières de Valls, qui préfère visiblement ne pas se faire insulter par l'extrême droite plutôt que de défendre des idées progressistes.