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Un mot détourné : la résilience

Publié le par Scapildalou

J'écrivais dans le journal extime de confinement, publié en partie sur ce blog, que Macron cassait à tout ce qu'il touchait ou souillait tout ce qu'il touchait je ne sais plus très bien mais les deux assertions sont acceptables. Et je le déplorais lorsqu'il avait commencé à user du mot résilience. Ce terme majeur de la psychologie et de la sociologie, déplorai-je, va désormais être cassé lui aussi par Macron. Et de fait, je pense avoir vu juste.

 

Pour comprendre ce qu'est la résilience, il faut faire un détour par la question de la psychologie, la base de la psychologie. Bref, nous allons faire un peu d’épistémologie. La psychologie dans son sens général de discipline scientifique ou au moins l'étude de ce qui est de l'ordre de la dynamique des connaissances, affects, de tout ce qui a trait à la vie intellectuelle et émotionnelle des personnes et des groupes dans lesquelles évoluent ces personnes, est une discipline qui de fait a toujours existé. L'humain s'est toujours demandé pourquoi les masses ou les personnes pensaient ou étaient affectées par certaines craintes, émotions, etc.

Toutefois, la psychologie moderne est née à la fin du XVIIIème siècle et surtout vers le milieu du XIXème siècle du fait de question non pas sur la façon dont fonctionnait l'humain mais au contraire : il s'est agit de comprendre ce qui n'allait pas chez certains. Autrement dit, la psychologie moderne descend en droite ligne de la psychopathologie, mère de toute la psychologie en quelque sorte. Je suis psychologue social, je le précise pour bien signifier que je ne prêche pas pour a paroisse de la psychopathologie pour laquelle je n'ai par ailleurs pas d'anicroches plus prononcées que ce là. Mais même en psychologie sociale, les ouvrages fondateurs tels que celui de Gustave Le Bon, visaient à étudier les pathologie du corps social » : les mouvements de foule, à l'époque ou les classes laborieuses devenaient des classes dangereuses. En somme, les révolutionnaires et révolutions étaient vues comme des maladies, un peu comme c'est le cas dans l'introduction de 'Z' de Costa Gavras.

[d'ailleurs je me permets de la rajouter ci-dessous]

 

Donc, je résume l'idée principale : la psychologie vient de l'étude de ce qui ne va pas. Une personne a posé un mot pour signifier, poser un signe sur, c'est-à-dire désigner une situation choc qui faisait qu'ensuite une personne n'allait pas bien : le trauma. Le Trauma est un concept posé par Freud pour signifier, définir (donner une finition, l'horizon du mot) le moment de rupture dans la psychologique d'un sujet, d'une personne. Quel genre de moment cela peut-il être ? Il s'agit d'un moment plus ou moins anodin mais souvent peu anodin où la personne se sent attaquée dans son intégrité. L’intégrité, voilà un mot sur lequel je n'ai jamais discouru et, dirai-je, mal m'en a pris. Qu'est-ce que l'intégrité ?

Le CNTRL donne les définition suivantes, à titre personnel, elles me conviennent fortement :

État d'une chose, d'un tout, qui est entier, qui a toutes ses parties ; État de ce qui est sain, intact, qui n'a subi aucune altération, aucune atteinte ; Qui n'a subi aucune atteinte dans son corps ; Caractère, qualité d'une personne intègre, incorruptible, dont la conduite et les actes sont irréprochables.

Intègre vient de Tango (toucher) qui a donné notamment contaminare (contaminé, vous l'aviez deviné). L'intègre est le non contaminé, le pas touché.

La personne qui est atteinte dans son intégrité est donc la personne touchée, contaminée par un élément extérieur à elle. Celà suppose, mais n'allons pas trop loin, de concevoir la personne comme étant en rupture avec le système, un système à part en quelque sorte. Passons. Qu'est-ce qui peut atteindre, toucher une personne ? Quel est cet événement extérieur qui peut la contaminer ?

Prenons d'abord un partie : la contamination, le « touché » accepté dans le sens « d'impacté » renvoient à des événements négatifs, l'intégrité n'est pas seulement atteinte mais menacée.

Trois choses vont atteindre, toucher, créer un trauma : les éléments atteignant à l'intégrité par menace de morcellement, peur de la pénétration du corps et menace liée à ce qui constitue l'être humain : la peur trop soutenue de mourir (intense et/ou sur la longue durée).

Les situations de violence sont à ce titre traumatique, qu'il s'agisse de violences physiques (chez les soldats par exemple), verbales et sexuelles.

Arrêtons-nous une seconde sur l'impacte des violences verbales : pourquoi les mots peuvent-ils nuire ? Nous voyons bien en quoi les trois aspects du trauma sont exacerbés chez la personne victime de viol ou de violence, mais chez la personne touchée par des mots...

De fait, nous nous définissons par le langage. L'humain est langage, il est mot, au moins en terme d'identité. Nos noms et prénoms portent des significations, s'inscrivent dans des histoires, etc. Bref, nous sommes langage et en grandissant nous nous définissons, c'est-à-dire je le répète nous donnons un horizon grâce au langage. Si un 'miroir', une situation nous renvoie un reflet de nous-même qui vient mettre à mal cet horizon qui est nous sur une surface projeté (nos espoirs, nos envie, un futur rêvé, nos fantasme au sens analytique du terme, etc.) alors nous sommes atteints dans notre intégrité, dans la façon dont nous nous sommes constitués même s'il s'agit ici de l'imaginaire. Car nous ne sommes pas que de chaire et d'os, nous sommes aussi et consubstantiellement des êtres d'imaginaire.

 

Nous venons de voir le trauma. Bien, et alors ? Alors le trauma se dépasse. Une personne atteinte dans son intégrité, après des violences, des viols ou une dénégation de son horizon existentiel n'est pas juste atteint à vie par son trauma. Celà arrive chez certaines personnes qui restent ad vitam aeternam touchées. D'autres ruminent à vie mais même ceux-là arrivent à mettre quelque chose sur le trauma. Certains s'en sortent même bien et chez ceux qui arrivent à faire une construction solide sur la base de ce trauma, on parle alors de résilience. La résilience désigne ainsi la capacité dans l'après coup de la situation traumatisante, à redéfinir une intégrité. Ça, c'est la résilience, et je renvoie aux textes et vidéos de Cyrulnik même si dans l'affaire qui nous préoccupe je ne sais pas s'il est totalement clair.

 

Rappelons l'affaire qui nous préoccupe : depuis deux ans ou plus même, Macron nous parle de résilience. Maintenant que nous avons vu ce qu'est la résilience, nous allons voir ce que Macron entend par l'utilisation de ce terme. Il l'a employé uniquement pour décrire la nécessité qu'ont les français de faire face (le copying en psychologie) à des situations difficiles dans lesquelles lui-même nous a placé. En d'autre termes, il demande la « résilience » d'un trauma qu'il a lui-même créé. Peut-être a-t-il appris la résilience en regardant Portier de Nuit mais ce n'est pas notre cas. La résilience si elle est demandée par celui qui a créé le trauma, pour ma part, dans notre situation, j'appelle ça de l'acceptation. Accepte d'avoir mal ! C'est comme ça et pas autrement, ce sera tel que j'en ai décidé, il faut accepter. En d'autres termes, Macron ne cherche pas tant la résilience que de créer le trauma qu'il créé lui-même à travers la violence verbale et psychique qu'il promeut et use sans réserve. Qu'on pense à l'homme qui vient de tuer une agente de pôle emploi (je ne vais pas écrire sur cette corporation que j'aurai moi-même envie de traumatiser) et une DRH, et que l'on mette en perspective Macron et ses saillies « il n'y a qu'à traverser la rue pour trouver un emploi » et ses ministres issus des services DRH de grandes entreprises (pour mettre en place la start up nation...)

Non, Macron se sert de la résilience non pas pour la chercher mais à l'inverse parce qu'il est le père du trauma. La résilience ce sont les mouvements sociaux.

Nous touchons là à ce que j'avais nommé bien plus tôt dans d'autres articles la fonction d'inversion.

 

Une note sur Cyrulnik : je ne l'ai pas critiqué dans cet article (et d'ailleurs comment le faire?) je mets en doute toutefois sa lucidité lorsqu'il a partagé ses connaissances dans des groupes de travail du macronisme. En effet, 'Crion ne sort pas le terme de résilience de nul part, on le lui a soufflé et en effet l'influence de Cyrulnik n'est pas anodine. D'un autre côté, lorsque sur les plateau TV Nauleau et zemmour faisaient sans le dire planer des insultes antisémites à l'endroit de Boris Cyrulnik, on peut comprendre que ce dernier se soit rapproché de 'cron, après tout il n'est pas non plus politicien. Et puis n'oublions pas non plus que cette théorie de la résilience dont il n'est pas exactement le père si elle lui doit tout (et inversement d'ailleurs), il se base pour l'expliquer sur son expérience du refus de la soumission aux nazis alors qu'il avait seulement 5 ans...

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