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Un a-je vidéo

Publié le par Scapildalou

Un a-je vidéo

Il est de bon ton de moquer la vision un peu rétrograde il est vrai concernant les jeux vidéos qui seraient violents et de ce fait entraîneraient des attitudes violentes chez certaines personnes.

Plusieurs éléments néanmoins me poussent à amander ces deux visions par trop béotiennes en étayant plusieurs éléments qui me paraissent problématiques.

 

D'une part, le jeu vidéo a une histoire qui me semble problématique sur deux points. La première est qu'il s'inscrit dans une conception où progré et numérique semblent se confondre et ne faire qu'un voire même, dans cette conception techniciste, le numérique serait le progré. J'ai dit ailleurs sur ce blog ce que j'en pensais. Non, numérique et progré ne vont pas nécessairement de pair. Le progré ne peut se faire que par le social et son étayage. Or justement, numérique et désocialisation tendent à aller furieusement de concert...

D'autre part, le jeu vidéo est une industrie et comme toute industrie, surtout dans le numérique, l'objectif est de rendre adepte sinon accro ceux qui la consomme. Le développement de WOW (World Of Warcraft), je m'en rappelle encore, a vu des jeunes disparaître du jour au landemain de la circulation, trop occupés qu'ils étaient à demeurer le plus longtemps possible derrière leur écran. C'était stupéfiant au sens propre comme au figuré si bien que l'acception selon laquelle Marx parlait de l'opium du peuple s'est rarement avérée aussi justifiée qu'ici. On pourrait même parler d'Hérorïne du peuple, pour l'occasion.

Il en est allé de même avec les jeux vidéos comme FF (Final Fantaisy) dont la narration était spécifiquement étudiée pour que le joueur attende avec une impatience faisant penser au drogué attendant le retour de son dealer la sortie du prochain opus. Il en va de même avec les séries télé par ailleurs si bien que l'on parle de BinchWatching à la manière dont on parlait à la fin des années 1990 et au début des années 2000 de BinchDrincking, phénomène de drogue intempesitve en quelque sorte, où des ados, anglais à l'origine, essayaient de se prendre des bitures expresses.

 

Mais d'autres éléments encore me paraissent devoir être soulevés : la thématique des jeux vidéos. Il n'est pas exactement vrai de dire que les scripts et scénarios de ceux-ci sont novateurs. Les plus grands succès ne se différencient guère des immondices trouvés sur une décharge. Les succès tels que les franchises Call Of Duty et tous les jeux assimilables, Total War, etc. Ont pour point commun de mener à tuer des gens. Le loisir de nombre d'ados est ainsi de caner des personnes à longueur de temps. IL m'a fallu tomber sur une “médaille” du jeu Total War pour le comprendre : le troisième opus vous offre en effet une médaille si jamais vous tuez plus d'un million de personnes dans le jeu. Nul ne semble souffrir de cet effondrement moral.

Les autres jeux comme les city builders par exemple ou les jeux de sport reprennent à 100% la logique capitaliste, lorsqu'il ne s'agit pas encore de conquêtes à refaire et de colonisations.

Certes me dirai-vous, si tous les jeunes qui jouaient aux jeux vidéos devenaient des tueurs en puissance, ça se saurait. Mieux même, l'armée US devant l'habilité de certains joueurs s'est essayé à les recruter pour voir ce qu'ils allaient donner sur le terrain. L'expérience a fait fiasco et d'ailleurs les méthodes de la légion pour transformer les soldats en tueurs instinctifs ne sont d'aucune mesure communs avec la teneur des jeux vidéos, c'est clair et net.

Néanmoins j'insiste sur un fait : les tueurs de masse qui oeuvrent dans les écoles aux USA et même les assassins “islamistes” en france ont des procédés qui ont en commun la scénarisation des jeux vidéos de type RPG. D'ailleur, je l'avais soulevé, le fait que les tueuries de masse aient principalement lieu dans les écoles n'est pas sans soulever de question : l'école est le lieu placé comme étant en opposition avec le loisir (c'est un constat, l'éducation et l'apprentissage peuvent aller de pair avec le loisir, mais ce choix n'a pas été fait pour les écoles). En quelque sorte, l'habilité et l'instinct du jeu viennent à travers ces tueries prendre une revanche armée sur un système par ailleur excluant – mais loin de moi l'idée de renvoyer dos-à-dos meurtre et école, bien entendu.

 

En étant une “déphysicalisation” (excusez le néologisme) du rapport à l'activité, le jeu vidéo est aussi un apprentissage de la réussite par le non-effort. En ça, faire un jeu de foot enlève le rapport à l'effort par exemple. C'est par ailleurs un élément, là encore, de la façon dont le jeu vidéo rend adicte. En donnant des récompenses à haute dose grâce à des succès, il rend par contraste tout effort plus difficile, qu'il soit physique ou intellectuel. Or justement le jeu vidéo est fait pour que la progression soit toujours aisée et accessible, ce qui n'est clairement pas la façon dont fonctionne le quotidien... Pour un ado en pleine crise identitaire, avec des difficultés à dépasser et faire face aux contraintes du monde, réussir et entretenir des relations avec un avatar offre une alternative tentente.

 

Enfin le jeu vidéo n'est selon moi pas exactement du jeu en ce qu'il vous rend justement adicte et surtout parce qu'il ne permet pas de jeu avec les règles. Tout jeu contient un jeu en dedans, ce jeu qui est synonyme de lorsqu'il y a du jeu dans un roulement par exemple. Le jeu est ce qui contient du jeu en ce que la règle est nécessairement jeu et enjeu dans l'activité même de jeu. En celà, un jeu par un enfant de quatre ans qui est en fait un maniement de l'imaginaire mais où il n'y a pas de notion de vainqueur et de perdant est bien plus réaliste et émancipateur qu'un jeu vidéo, car il offre d'une part de la relation, fait travailler un imaginaire quasi-radical, et repose justement sur le retravaille de règles communes. Le jeu vidéo n'est pas l'imaginaire, il le vautre ou au mieux le stimule à peine mais la pauvreté des scénarios et des mondes, la pauvreté des références historiques ou humaines, des buts et la linéarité des progression et ne serait-ce même que l'idée de progression ne sont jamais, pris à part, des éléments qui vont de pair avec l'émancipation. Alors tous mis ensemble...

Certes des jeux essaient d'offrir des alternatives et certains sont des invitations au voyage. J'ai joué à Eldescroll des heures durant pour se balader dans la verdure, parcourir les couloirs des villes-pyramides, etc.

Des jeux comme Stray par exemple me font envie (cf. Vidéo ci-dessous).

 

 

Il ne faudrait surtout pas imputer un délitement moral, une violence croissante et un effondrement éthique au seul jeu vidéo et surtout il faut insister que s'il compte parmis les causes, c'est toujours moins que la militarisation de la société, le recours systématique aux peines de prison, les injustices sociales et le délitement symbolique lié à la mise à mort des collectifs de travail.

Mais c'est un exausteur de coups, en quelque sorte, qu'il ne faut pas non plus négliger.

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