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Le chemin du dernier humanisme (1)

Publié le par Scapildalou

Le chemin du dernier humanisme (1)

1-Dépasser le fait d'être dépassé

Je vais de suite choquer. J'ai parcouru des lignes d'un bouquin de Piaget et Ihnelder, je devrai dire LE bouquin de Piaget et Inhelder de 1969, La psychologie de l'enfance. Je n'ai pas lu une seule ligne qui ne soit critiquable, qui ne puisse être remise en question, qui ne soit en l'état acceptable.

Mais là où je vais choquer le plus, c'est en disant que ce bouquin, encore enseigné en fac, que ce soit en psycho ou en science de l'éduc, doit encore et toujours l'être.

Un mot sur Piaget : tout le monde pense que ce type a été le plus grand intellectuel de la psychologie du développement et de la personnalisation et je pense que cette réputation n'est pas surfaite. Surtout, il a été un des chercheur les plus critiqué de son vivant et c'est celui qui a le plus travaillé et intégré à son travail ces critiques, au moins pour les mentionner et signifier qu'aucun travail ne peut s'avérer complet, définitif, global et totalisant, à commencer par le sien.

Au départ, Piaget n'était pas psychologue et à la fin, il avait toujours cette passion pour les plantes au point, à l'âge de 70 piges passés, de toujours voler des plantes dans les hôtels où il était logé, au cours de colloques : “si les responsables de l'hôtel savait la valeur de la fleur qu'ils avaient mis dans ma chambre au cours de mon dernier séjour, jamais ils ne l'aurait ainsi exposé ! J'ai eu de la chance !” disait-il en somme dans une interview que nous regardions alors que j'étais en seconde année de fac de psycho, en présentant au journaliste une fleur dans un pot en face de lui, dans son jardin. Ce monsieur qui avait publié son premier article scientifique à l'âge de 15 ans était un des plus grands humanistes, passionné par l'enfance et l'Enfant en général, et continuait de chipper des fleurs dans les hôtels où il séjournait...

Donc, j'insiste, Piaget, c'est dépassé. Il est un des grands représentant du constructivisme qui est assez mal définit sur ce blog et il me faudrait faire quelques corrections, à ce titre, sur les papiers que j'y ai gratté sur la déconstruction. Mais parce qu'il représente une des grandes étapes de la pensée en psychologie, il doit toujours être enseigné. Et ceux qui l'ont critiqué se sont grandit à sa critique. D'ailleurs c'est aussi ce que disait Piaget de Vygotsky. Vygotsky, décédé en 1934 assez tôt pour ne pas entrer en conflit avec la doxa comportementaliste servant la pseudo-dialectique pavlovienne du régime totalitariste Soviétique dévoyé (ça en fait des termes compliqués dans une même phrase...) avait réalisé la préface des oeuvres de Piaget traduites en Russe, retoquant au passage le scientifique Suisse en mentionnant que sans ses travaux, il n'aurait lui-même pu avancer dans sa voix. Lorsque Piaget lut les oeuvres de Vygotsky dans les années 1960, il débutait sa réponse en regrettant de ne pouvoir lire, de fait, ce que Vygotsky lui aurrait répondu. On a vu des débats en sciences bien moins chevaleresques. Piaget ne bougeait pas d'un iotat dans ses conceptions, mais il était obligé de repenser sa doxa qu'il sentait prête à être dépassée et elle le fut définitivement par certain de ses élèves parmis lesquels Doise, Mugny et Perret-Clermont dans les années 1970 qui apportèrent la théorie-pratique du conflit socio-cognitif que l'on retrouve notamment dans les travaux d'Yves Clot.

Piaget faisait aussi la part belle aux travaux de Wallon alors que les réflexions de ce derniers se rapprochaient d'une vision Vygostkienne du développement, mais peut-être manquait-il à Wallon le matérialisme Marxiste. Car Vygotsky base sa réflexion sur Marx qui s'est refusé à devenir psychologue, il avait suffisament de travail à faire ceci dit, mais les lignes qu'il gratte dans le Capital sont suffisantes pour parer le Marxisme d'une dimension psychologique forte, que l'on retrouve donc dans Yves Clot à l'heure actuelle. La démarche transpire aussi dans l'oeuvre de Dejours, dans ses ouvrages du début, je pense au premier chapitre de Travail, Usure mental dont la première publication remonte à 1980 et qui est une application sinon stricte du moins littérale des chapitres sur le travailleur divisé de Marx - référence toujours au livre premier du Capital.

 

2-Le scientisme demeure de la science

Deux choses peuvent donc être ici pointées. Prenez un doliprane, c'est un conseil d'ami, ou à défaut un conseil amical.

1-à l'heure actuel, il est difficile de dire que les thèses de Piaget sont acceptables, à ce jour, scientifiquement. Reprenez un doliprane...

2-à l'heure actuelle, on peut dire que le marxisme est scientifique...

Oui, parce que le Socialisme scientifique évoqué et défendu par Marx est aujourd'hui unaniment remis en question, ce qui est peu dire. En vrai, tout le monde considère au mieux que le Marxisme n'est pas de la science, sinon que le Marxisme est de la philosophie ou pire, qu'il n'est qu'un regard sur le monde digne de son époque et qu'il mérite d'être enterré.

Je dois donc être un des rares à penser que le marxisme mérite toujours d'être qualifié de scientifique.

Commençons par le point numéro 2 : pourquoi suis-je en droit de dire que le marxisme est scientifique ?

Répondre à cette question revient à se demander d'abord ce qui faisait dire à Marx que sa théorie était scientifique. Marx disait n'avoir rien apporté de grand à la science sinon sa théorie montrant que le capitalisme viendrait à s'effondrer de par ses contradictions et parce que les forces productives rendraient obsolètes les rapports de production capitalistes. À dire vrai, je pense que cette prédiction de Marx mérite d'être repensée dans la forme et peut-être, je croise les doigts que non, dans le fond.

Néanmoins peut-on dire que Marx n'a rien apporté à la science ?

La réponse a été dite plus tôt : les travaux de Clot ou Vygotsky témoignent que non. La question du rapport à l'outil telle qu'évoquée par Karl Marx fait encore l'objet de travaux, de proche en proche, dans les neurosciences. C'est dire ! et à ce jour, il est impossible de se passer cette réflexion. Les débouchés en termes d'avancée de la pensée, de pratique, de débat, sont indéniables.

C'est l'inverse pour le premier point. Les travaux de Piaget prennent appuis sur des expérimentations dont les résultats sont toujours valables et offrent des guides-ligne aux professionnels de la psychologie néanmoins l'ossature de l'oeuvre est à ranger au musée, certes dans la plus belle vitrine que l'on puisse trouver – et certainement pas dans la poubelle de l'histoire.

 

3-Divisions historiques

Une différence de taille existe entre Marxisme et Piagetisme. La seconde relève du constructivisme qui est un fixisme. Pour être plus précis, elle insiste sur le fait que l'humain acquiert des éléments “normaux” car nécessaire à son développement, un peu comme s'il acquierait des blocs de compétences, telle que la doxa professionalisante du patronat actuel l'affirme.

A dire vrai, la théorie de l'histoire de Marx est un peu équivalente, à travers une conception par “stades successifs” des sociétés (tel qu'évoqué dans la fameuse introduction de son manifeste écrit avec Engels et leurs femmes, comme on le voit très bien dans ce magnifique film, Le Jeune Marx).

Ce constructivisme était de lordre de l'épystémologie scientiste du XIXème siècle et a eu court jusqu'aux années 1960/1990 dans les facs. Ça n'a été dépassé définitivement que lorsque mes études débutaient dans les années 2000, ça me paraît être récent, et encore des relents de constructivisme ont-ils encore cour.

Néanmoins Marx a apporté ce qui a permis de dépasser ce “stadisme” : l'analyse en termes de “rapports”, de relations de termes à termes. Cette analyse “relationiste” ou presque “interactionniste” a été dépassée en partie grâce à Ferdinand de Saussure et à la linguistique lorsque celui-ci a décrit le processus de signification à travers une variable dite médiatrice. Le rapport entre deux éléments est toujours médié par un troisième élément. Cette analyse triangulère sera la base de la psychologie sociale française à l'heure de sa gloire après Serges Moscovici.

 

Le premier élément de conclusion à tirer avant d'aller plus loin est ceci :

la science, même dépassée, demeure de la science

Cet axiome signifie que tout ce qui a un jour eu de façon légitime l'étiquette “science” demeure à jamais de la science. La science du XVIIème siècle demeure de la science non parce que la méthode et les conclusions sont toujours valables mais parce que les travaux et conclusions ont servi à bâtir la science future. Les sciences de la natures de cette époque sont dépassées mais c'est en les dépassant que l'on a obtennu les sciences actuelles.

Certes, certaines sciences ne peuvent être taxées de légitimes et je pense ici à la science nazis par exemple, à rebour du temps et entièrement soumise à des impératifs idéologiques que tout le monde cerne bien, du moins je l'espère.

Ainsi, la pseudo science des évengéliste n'est pas de la science. Mais la psychologie moderne en est, quand bien même je considère que rien de ce qu'elle n'avance en ce moment, dans ses courants les plus en vogue des neurosciences, ne mérite autre chose qu'une belle place bien au chaud dans la poubelle de l'histoire.

Il faut donc se demander ce qui la spécifie, et ce sera l'objet d'un prochain article.

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