Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

...Parce que ce n'est pas conscient

Publié le par Scapildalou

Je reviens de façon moins épidermique, moins réactionnelle, sur la question des sciences, de la réfutabilité en science et de la psychanalyse. Le précédent papier sur ce blog était une réaction à une vidéo de la tronche en biais qui se trouve être totalement à charge contre la métapsychologie et, je le disais, contre la psychodynamique. Je le montrais il me semble de façon assez claire, que ces critiques contenaient une large part de méconnaissance de ce qu'est la psychanalyse, la psychodynamique et enfin, la psychologie.

Je pense que ces critiques comprennent une part de mauvaise fois, que l'utilisation de la réfutabilité n'est pas maitrisée et sert à assoire sur un substrat scientifique ce qui n'est qu'une opinion.

Alors qu'on s'entende : je veux bien que la métapsychologie – pardon, la psychanalyse – soit critiquée. Je veux bien que certain la déteste pour des raisons que j'ignore mais pourquoi pas. Par contre, je m'étonne et je craint même la mauvaise foi qui sous-tend ces critiques.

 

1-La réfutabilité au quotidien dans les laboratoires

La principale assise scientifique de la critique à l'encontre de la métapsychologie repose sur la réfutabilité.

La réfutabilité est associée, en général, pour ne pas dire de façon systématique, au nom de Karl Popper, pivot de l'épystémologie au XXème siècle. On le décrit comme étant un positiviste assez stricte, c'est-à-dire que selon lui existerait une vérité-vraie que la science devrait découvrir par le biais de la méthodologie expérimentale. Point. Et bien ce n'est pas ce que j'ai lu de lui (je pensais aussi qu'il était un mur de positivisme avant de le feuilleter) et il me semble qu'il n'est pas lu ou pas bien lu par ceux qui se revendiquent de lui, surtout lorsqu'ils critiquent la métapsychologie.

Les réflexions de Karl Popper ne peuvent être résumées en quelques paragraphes et ceux qui le font, s'ils ne sont pas profs au CNRS, je pense qu'on peux ne pas prendre en compte leur point de vue en la matière. Car ils résumeront la réfutabilité en science juste à ce point : ce qui ne peut-être réfuté n'est pas de la science. Nous sommes face, à travers cette assertion, à une tautologie et c'est justement ce que Popper dénonçait à travers son ensemble théorique.

De fait, aucune théorie en psychologie ne peut se targuer d'être de la science si la réfutabilité est prise au sens stricte ceci dit, c'est aussi ce que disait Popper avant de rajouter qu'au fond, ça ne le dérangeait pas. Il sous-tendait qu'une approche scientifique stricte des sciences humaines était impossible et partant, ce qu'elles devaient viser selon lui, c'était à tendre même s'il était impossible d'y arriver, à travers un ensemble méthodologique le plus clairvoyant possible quant aux limites des méthodes en sciences humaines, à essayer de discerner des faits dits “objectifs”. Tout celà étant impossible à réaliser, continuait Popper, sans philosophie et sans discours qui ne soit à proprement parler scientifique.

Ceci, vous le trouvez dans ses bouquins, vous le trouvez en mieux étayé sur les pages wikipédia afférentes, mais vous ne le trouverez pas dans les discours des critiques de la métapsychologie.

C'est domage, parce que la conséquence est qu'à y regarder de plus près, avec cette lorgnette collée aux mirettes, la psychologie ne devient qu'un discours mythologique et imprécis et certainement pas de la science.

Stéphane Vautier à l'université du Mirail, bien qu'étant au sein de l'UFR de psychologie passe ainsi son temps à démontrer que la psychologie n'est pas de la science. “trop imprécis”, “pas assez déterminé” etc. sont autant de qualificatifs qu'il accole aux postulats de ses propres collègues qui supportent assez mal de le voir passer son temps à dire qu'ils ne font pas de la science. D'ailleurs les étudiants qui ont une assez haute image de la psychologie, c'est en général pour cette raison qu'ils l'étudient, ne comprennent pas non plus cet enseignant qui, en cours d'épystémologie, radotte sur ces bouts de chose qu'il faudrait saisir si tant est qu'on est capable d'employer un langage adéquate permettant de cerner la vérité qui nous entoure, pour au final dire que la psychologie scientifique n'est pas possible. Prière de passer son chemin, surtout que ce petit être qui appui sur la nécessité de clarifier son langage pour faire de la science utilise sans détailler des sigles qui transforment les examens de Master 1 en tôlles collectives. Si Vautier enseigne là, c'est que l'UFR refuse de le faire enseigner ailleurs et préfère limiter les dégats au Master 1.

Inutile de dire que Vautier qui dit comment faire de la psychologie scientifique en montrant que ses collègues sont méthodologiquement incapables de démontrer quelque fait psychologique de façon scientifique, n'a jamais lui-même fait avancer la discipline. Il ne peut se targuer que de ses critiques, aucune découverte de fait psychique au compteur ne vient créditer son palmarès.

Mais au moins reconnaissons-lui ceci : il loge l'approche “psychanalytique” à la même enseigne que toutes les autres approches. Ainsi, pour lui, la psychologie sociale est aussi peu scientifique que la psychologie clinique ; il appuis sur le fait que la psychométrie ne mesure rien de scientifique, que la recherche en laboratoire est faite avec les pieds, etc. Il conclue en disant que toute ces recherches, pour intéressantes quelles soient (en vrai, il ne s'y intéresse pas), sont simplement de la politique. Quitte à vous choquer, il faut bien le dire, ce dernier paragraphe me rapproche de lui. Je m'excuse auprès des étudiants de master 1 que j'ai eu en cours et à qui je devais remonter le moral alors qu'ils sortaient des amphis hérmetiquement clôts par le discours inaccessible de M.Vautier, néanmoins il faut l'admettre : tout celà, toute recherche, toute psychologie ne peut faire fi de l'environnement politique et social dans lequel elle est crée.

Je sais de quoi je parle : psychologue social de formation (osserai-je dire : “dans l'âme”), je tiens à le souligner : ma discipline n'est que recherches truquées. Elle n'est que bluff, bluff et encore bluff.

Je pense à mes collègues thésards qui enseignent la méthode de recherche en psychologie et à qui les directeurs de thèse demandent de faire l'inverse dans leurs travaux de recherche. Un hypothèse qui ne se confirment pas ? Il n'y a qu'à la changer – ce n'est pas grave, la thèse n'est pas encore finie, l'article n'est pas soumis. Un test de corrélation scientifique invalide les hypothèses ? Eh bien il n'y a qu'à modifier la répartition de base, taire une ou deux variables, et le tour est joué.

Régulièrement, dans les bars, mes collègues se tenaient la tête dans les mains en disant “arf, je sors de cours de 2ème année, je viens d'enseigner la démarche de recherche. J'avais ensuite un entretien avec [placez le nom d'un prof de psychologie cognitive ici] qui m'a dit de faire l'inverse de ce que je venais d'enseigner.” C'était pas drôle, parce qu'ils étaient confrontés à de véritables conflits éthiques.

La démarche expérimentale vient autant gréver la science et surtout les sciences humaines que son contraire.

 

2-la réfutabilité contre la connaissance

Parce qu'il faut aussi souligner que la démarche expérimentale va plutôt mal avec les sciences humaines. N'oublions pas ceci : si la démarche expérimentale doit se confondre avec la science, alors exit l'essentiel des sciences de l'éducation, exit quasiment toute la sociologie, adieu l'anthropologie ainsi que la majeur partie de la psychologie.

Cette vision tautologique de la réfutabilité est justement tautologique parce qu'un énoncé ne peut être réfutable s'il n'est pas sous le sceau d'être invalidé. Or c'est oublier que ça va de pair avec le fait que rien ne peut être universellement et définitivement intangible, à commencer par l'énoncé définissant la réfutabilité. Autrement dit, ceux qui critiqueraient la psychanalyse à l'aide de l'énoncé (“paré de l'énoncé” serait plus juste) tenu comme définissant la réfutabilité tombent eux-même sous le coup de leur critique. La réfutabilité doit pouvoir être réfuté.

Ce qu'il faut retenir c'est qu'il n'y a pas qu'une seule façon de faire de la science. On peut être très juste en étant ésotérique. Je détaille : les anciens bretons, plus de 3000 ans avant notre ère voir avant JC, étaient capables de calculer avec précision et de prévoir avec précision la course des étoiles, les solstices, éclipses, etc. Ils n'avaient pas de numération connue et basaient essentiellement leurs calculs sur des conceptions religieuses. Mais ils étaient capables d'avoir un calendrier précis.

Feyeraband détaille bon nombre d'exemples de ce genre.

Dans ce cas, la science, que devient-elle ? Elle doit reprendre sa place d'humilité qui est nécessaire. La science, c'est un discours. Mieux, c'est un mode de production d'un discours. Elle refuse tout insight et illumination ex nihilo comme le font les complotistes. Elle prends appuis sur des méthodes qui doivent être détaillées, publiées et potentiellement, toutes choses égales par ailleurs, reproductibles. C'est un discours critiquable tout celà prenant sens, le discours et sa critique s'entend, dans une suite de discours. Parlez de traditions si vous le souhaitez, je parlerai de discipline.

Plusieurs méthodes peuvent coexister, si elles deviennent une fin en soi, alors c'en est fini de la rechrche. On rentre alors dans la croyance, à moins de se centrer et de faire attention à ceci : le biais de recherche, inévitable, doit être lui aussi recherché. Le biais de recherche fait partie de la science, le démasquer, c'est en quelque sorte là que se loge la réfutabilité au sens de Popper, est une façon de faire avancer la recherche.

Exit l'expérimentation ou a méthode hypothético-déductives dans la définition de la science. On peut faire de la science sans hypothèses. On ne peut la faire sans grilles de lecture de faits. Le dogme actuel pronne pourtant l'inverse.

 

3-La réfutabilité et la métapsychologie

Du coup, je me suis demandé en quoi la métapsychologie est jugée moins réfutable qu'une autre science (et donc n'est pas scientifique). De ce que je comprend, ce qui rend la psychanalyse non-réfutable selon ses détracteurs, c'est le psychanalyste. Le psychanalyste peut expliquer tout ce qui survient chez une personne par des faits qu'il va lui-même déterminer. Et si le sujet n'est pas d'accord, alors le psychanalyste va expliquer ce désaccord de façon à ce qu'il rentre dans le modèle explicatif qu'il avait au préalable établis.

Est-ce vrai ? Bof. Le truc de l'aliéniste qui explique que le fou est fou et que le fait qu'il dise ne pas être fou est une preuve de la folie n'a pas attendu ni ne se limite à l'approche psychanalytique. C'est l'aliénisme qui est visé, qu'il faut viser. D'un autre côté je connais assez peu de psychanalyste qui soit totalement obtu à ce point.

Par contre, et je suis en plein dedans, je connais des médecins qui sont comme ça. Bref, la psychanalyse n'a pas le monopole de la bêtise, de là à la généraliser à toute la psychanalyse et, comme je l'ai dis dans le précédent papier, à la majeure partie de la psychologie (qui reprend largement la grille de lecture et la méthode analytique) il me semble que c'est aller vite en besogne.

 

Il me semble que les critique envers la métapsychologie tombent sous le coup de la méconnaissance de ce qu'est la métapsychologie. Cette méconnaissance se nourrit de mythe, de raccourcis, d'histoires mal formulées ou à charge uniquement, comme le fait le livre noire de la psychanalyse. Se baser dessus pour critiquer la psychanalyse dans son ensemble, c'est un peu comme justifier le fait de ne pas faire grève parce qu'on a lu le livre noir du communisme.

Et c'est un peu triste, je trouve...

 

 

 

 

Commenter cet article