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Carnets de Rando : Tour de la montagne d'Ax (3/3)

Publié le par Scapildalou

Jour 3

Aujourd'hui, je vais en baver. Je le sais, les deux parisiens le savent, ils ne seraient pas preneur. D'un autre côté, ils sont preneur de ce qu'ils connaissent, et en vrai, ils ne connaissent pas grand chose. Rituel normal : café... Eux crèvent la dalle, parce qu'hier, ils ont rigolé de ce que j'ai mangé : soupe chinoise + plat micro-onde réchauffé au réchaud + graines de maïs grillé et un ou deux suppléments. Eux mangent un truc aux calories spécialement calculées. Bon, en fait, ils n'ont pas cassé la croûte et ont faim comme pas possible. On se salut néanmoins chaleureusement parce qu'en dépit de nos différences, la montagne, nous, nous la polluons seulement de notre présence. La végétation, nous la dérangeons de notre passage et guère plus. Les chemins, nous les tanons mais n'en sortons guère de peur de nuire aux écosystèmes. Pas de la même langue, famille d'un autre continent. Dans les yeux, il y a de la franchise.

Je commence par le porteil des Bézines : plus de 200m de dénivelé positif histoire de faciliter la digestion. En haut, je vois le pic de l'Homme dont j'aurais finalement fait le tour en trois jours. Je descend dans la vallée du nabre. Toujours aussi beau, toujours aussi prenant. Je vois un ou deux izards eu haut du col et après plus rien. Cette vallée n'est pas exceptionnelle dans les pyrénées et en vrai, elle n'en n'est que plus prenante. Le chemin longe le ru d'un côté ou de l'autre. Des chutes ponctuent le cours et il est possible de se baigner si l'on craint moins l'eau froide que la poussière accumulée depuis deux jours (je me suis tout juste lavé dans la jasse hier soir, toilette de chat rapide).

 

Le porteil des Bésines, après avoir déjà grimpé quelques dizaines de mètres. Il est plus simpli qu'il n'y paraît, surtout au départ de la journée, avec une bonne nuit en cabane

Le porteil des Bésines, après avoir déjà grimpé quelques dizaines de mètres. Il est plus simpli qu'il n'y paraît, surtout au départ de la journée, avec une bonne nuit en cabane

J'aime cette descente. Dans l'autre sens montent des randonneurs qui attaquent la journée. C'est le GR 10 ici et je ne croiserais pas de marcheurs traversant les pyrénées. Je descends en essayant d'aller à un bon rythme, m'écartant néanmoins pour laisser progresser à leur rythme ceux qui montent dans une matinée déjà bien avancée. J'arrive assez vite aux sources d'eau chaude de Mérens où  des lambdas odieux cuvent l'alcool bon marché acheté en Andorre en insultant les locaux. "C'est encore loin l'eau chaude ?" me demandent certains en me regardant comme si je sortais d'un film de science fiction". "Faut s'accrocher ! " je réponds, alors que les bains sont à une dizaine de minutes. ça les fait flipper. J'arrive enfin en bas et tombe sur le seul croisièriste du GR 10 que je rencontrerai. Il me dit qu'existe une épicerie. Je lui soutiens mordicus que non. Ce type sera seul que je vais planter en fait, sans le vouloir, parce qu'en effet il y a bien une épicerie. Si j'avais su que je ferai sans le vouloir un sale coup à la seule personne que j'aurai dû vraiment soutenir...

Il est 10h00 lorsque je suis en bas à Mérens. Je prends un peu d'eau - je suis descendu presque à sec. Le sac perds 450 à 500 grammes par jours sans compter l'eau. Deux jours et demie, pas de flotte, j'ai donc 3.5 Kg en moins qu'au départ d'Ax. Mon sac doit peser une dizaine de Kg désormais. Je prends de l'eau et mange un bout. Le fameux déjeuner de 10h00.

Non, parce que, si on regarde bien, dans ce sens, après Mérens... ça grimpe encore plus que la descente que je viens de me taper. Et c'est moins intéressant. Plus de 3h00 de marche, j'en suis à peine à un tiers, j'ai près de 1800 mètres de dénivelé positif à me farcir. ça vaut bien le coup de manger un peu. Je me concentre et j'entame la montée en mode compète. Tête baissée, je fonce, mange la grimpette comme un sandwitch à la merde, en m'efforçant de sourire, à la façon d'un mauvais perdant d'un paris. Je grimpe, j'y vais, ça taille sec. Respirations, pas, bâtons au sol, mains... Tout est coordonné. Une vraie machine. Le cardio y va ; ça sue, je m'arrête à peine pour de courtes gorgées et je rempile. Une barre de céréale de temps en temps en guise de gazole, puis ça continue, tête baissée.

J'arrive au parking assez vite mine de rien. Les touristes qui se sont garés là pour leur rando du jour ne me regardent cette fois plus comme les baigneurs de Mérens. Ils me voient, T-Shirt noir et keffieh en écharpe, bandanna, le regard sombre sous une barbe un peu drue. Ils s'écartent. On n'est pas du même monde. Je grimpe, eux se baladent. ça fonce. Je les regarde à peine, je suis concentré sur ma respiration, je saute les pierres ; j'accélère sur les replas, je traverse les zones de boue comme si elles étaient des tatamis. 

Le monde s'écarte comme des nazis puceau sur le passage de T-34 de l'armée rouge en Biélorussie en juillet 1944. Punch line, quand tu nous tiens...

J'arrive enfin au replas touristique du mourguillou où des tas de groupes de randonneurs du dimanche font leur viosite estivale en montagne. J'ai l'air d'un sportif dans un spa dédié aux obèses. ça me détend à peine ce qu'il faut pour me donner une impulsion et sortir de là, en évitant au maximum les frictions. Comme je regarde à peine les personnes que je croise, elles s'écartent en murmurant "c'est du sérieux là..." On est d'accord.

 

En quittant le replas du Mourguillou, avec les cheveaux de race

En quittant le replas du Mourguillou, avec les cheveaux de race

En vrai je me prends ma décharge d'égo, je sais, mais ça fais toujours plaisir. 20 km d'entrainement en course le mercredi, il faut bien que ça serve à gonfler autre chose que les cuisses. On le fait tous pour ça...

Bref, je sors de la jasse et grimpe dans les hautes herbes. ça y est, le cauchemar touristique est fini mais un autre commence. 2h00 que je suis à blinde, je lève le pieds - expression consacrée pour dire que justement, je commence à avoir du mal à le décoller de la poussière qui gis entre les jantiannes. 

Heureusement, aujourd'hui le soleil ne tape pas. Je rentre dans une zone où aucun touriste ne vient traîner, d'un coup, je suis passé de "Luna parc" à "no go zone". Mais ça tape dur. Le moteur ne tourne plus rond. Je grimpe, je savais que ça ferait mal, mais la pyramide de l'Herbès se dompte, elle ne se donne pas ! J'ai la tête ailleurs. Je suis crâmé. Je m'accroche, mais cette fois, le second souffle a fuit dans les courants d'air doux sous le ciel nuageux. Je continue à me faire mal et avance dans ce cul de vallée donnant lui-même sur un autre cul de vallée. J'y vais, pas après pas. Je suis seul ici. Pas un bruit. Mes pas, le sol, la pierre, les flancs de montagne, le soiseaux maigres, l'herbe drue et courte, mon souffle mince. 

J'estime avoir assez avancé, je m'arête sur un pierrier avant la montée finale assez abrupte vue d'ici, de la fameuse pyramide. 

J'ai fais une connerie. J'ai voulu tester les sortes de tapas de calamar que l'on trouve en conserve. Mauvaise idée. C'est gras, une bonne graisse qui huile les bourlets d'amour mais pas la tuyauterie. ça descend mal mais comme c'est une conserve... Et bien il faut finir ! La soupe à la grimace. Je mange un peu plus parce que ça tient même pas à l'estomac. Promis, je ne le referai plus. Je range le tout etremonte après avoir râlé un peu. Parce que la graisse, elle ne part pas des bourelets d'amour, mais elle ne part pas du futal sur lequel comme le gros puercos que je suis, je l'y ai laissé choir. 

Heureusement c'est l'Ariège, la mode n'est pas entièremet arrivée ici même si je suis sur le GR10 . 

ça  grimpe sec désormais. Je suis à quasi 1800 mètre de dénivelé positif dont 1400 d'un coup (Mérens est à 1000, la pyramide de Lherbès à 2400, le calcul est vite fait). Derière un type me rattrape et je sais que ce n'est pas une compète, mais je m'accroche à l'idée de ne pas me faire dépasser pour accélérer. ça ne me fera pas gagner de médaille, mais quelques dizaines de minutes préciseuses en cas d'orage. J'atteins enfin le sommet avec l'autre sur mes talons. Il a fait une belle montée et si on était partie ensemble du replas, il m'aurait laissé sur place.

J'entame la descente et sincèrement, j'ai eu beau en avoir chié, vaut mieux faire la descente dans ce sens. Parce que c'est rude. De l'autre côté, je l'ai fais une fois, il faut être accroché. Et comme c'est sur le dernier tiers du GR 10, j'ai une grosse pensée pour ceux qui en font la traversée. 

Je descend en essayant de perdre le moins de temps sur le suivant tout en prenant de pauses pour enlever/rajouter des vêtements au besoin.

Ici, c'est sauvage, encore une fois. On descent sur des sortes de fosses au fond desquelles de maigres étangs stagnent. Le chemin serpente, monte et descend. J'enchaîne et finit par lâcher le mec derrière avant qu'il ne revienne. J'accélère, j'ai repris mon souffle, c'est agréable ici. Au niveau du rythme c'est varié : un coup de monté, un petit coup de descente, des virages secs... C'est en altitude, l'air y stagne, on croise des sapins rachitiques, on contourne du minerais, on longe un lac...

Je grimpe enfin le dernier col de la journée sans trop de difficulté pour arriver au refuge du Ruhle. Je me prends un cannette de coca que le mec me fait au rabais parce que je n'ai pas assez de thunes. Eh bien ça va me faire faire une belle crise d'hypoglissemie. Gourmandise...

 

Une cabane face à une vallée immense... En plein dans l'axe du coucher de soleil !

Une cabane face à une vallée immense... En plein dans l'axe du coucher de soleil !

Je reprends la route sans quitter la magnifique vue qui donne sur la coume de Varilhes - une des plus belle vue de ma vie. La cabane en bas est libre. Les nuages sont bas et gachent le paysage mais pour le rendre plus prenant.

J'arrive à la cabane en bas et m'y loge en dépit des mômes d'un centre de vacance. Je crains qu'ils ne veuillent y dormir mais je suis rassuré par un des moniteurs. Ils finiront par tracer, accompagnés de mes voeux parce qu'emmener des gamins aux étangs de Fontargente, je trouve que c'est la classe intégrale. 

Il y a de l'eau en principe ici, mais je vois le réservoir... Et je comprend pourquoi la bergère et sa petite copine font bouillir le thé... Parce que c'est pas ragoutant. ça me fera toujours ça pour les pâtes et le café, mais je n'aurai pas d'eau pour la soif en dehors de ça. Je fais néanmoins une sieste pendant que la flotte commence à tomber. Si je n'avais pas fait ma fausse course avec l'autre dans la pyramide, je me serai pris la pluie. 

Je fais une des choses les plus agréable au monde : une sieste d'après rando. Ensuite, c'est atelier soin des pieds avant le repas du soir puis le sommeil de celui qui a fait plus de 2000 mètres de dénivelé positif en moins de 10h de marche. 

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