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La place de la souffrance - la nouvelle maladie infantile...

Publié le par Scapildalou

Je reprends la plume la plus numérique qui soit pour théoriser à propos d'expériences récentes car se pose la question suivante : que faire de la souffrance ? Mieux même, je dirai pour aller plus loin : comment combiner le marxisme et une théorie de la souffrance ?

Alors bon, la question de la souffrance, sur ce blog, le lecteur ou la lectrice habituée se dira: Ok. On comprends, ça fait du sens. Mais la relation entre marxisme et souffrance ça peut questionner un peu plus et on pourrait être en droit de se demander où cette réflexion va partir. Mais pour en arriver là, dites-vous comme je vous le dit: qu'est-ce qu'un type comme macron fait de la souffrance du peuple ? Et si on considère que le marxisme est une théorie visant à abattre le capitalisme et les personnes comme macron, ce qui va être fait une fois que ces personnes seront à terre et je l'espère, sans leur tête au bout des épaules, comme en 1793, avec Louis ics-vé-baton. Louis XVI quoi...

 

Reprenons la question telle que posée ici : “que faire de la souffrance ?” Pour quoi cette question est-elle légitime ? Qu'est-ce qui la rend acceptable ?

Pourquoi poser cette question plutôt que celle-ci :

-comment un psychologue peut-il se protéger de la souffrance d'un sujet ?

-qu'est-ce qui génère la souffrance ?

-comment réduire la souffrance ?

 

Déjà, ces questions ne posent pas réellement la question de ce qu'est la souffrance. Ce qui fonde ma question, c'est, si on voulait la reformuler, “qu'elle est la signification ontologique de la souffrance, qu'elle est sa fonction sociale, et dans une société où la domination capitaliste serait mise à terre au profit d'une société idéale, que deviendrait la souffrance ?” Néanmoins, il y a un corrolaire : en attendant que la révolution se fasse, comment pourrait-on considérer la souffrance ?

 

Premièrement, qu'est-ce que la souffrance ? Pour ma part, je me base sans cesse et toujours sur la définition de Barus-Michel de 2009 : la souffrance, c'est la perte de sens. J'ai déjà parlé du sens et de la signification sur ce blog. Mais il me faut tout de même faire un détour ici pour ne pas renvoyer à des choses qui dorment dans les tréfonts de ce site. Le sens, c'est le lien entre deux éléments (un signifiant d'un côté, un signifié de l'autre, deux univers dans lesquels sont ancrés ces deux éléments). Le lien n'est pas naturel, il est fait, et pas n'importe comment : il est fait par la sédimentation des significations passées. La signification, c'est l'univers créé par le lien entre un signifiant et un signifié. Et dans cet univers, si le lien entre signifiant et signifié est rompu, alors peut prendre place la souffrance.

Je donne un exemple très classique : le dépressif dira souvent : “ce que je vie n'a pas de sens”. Ce qu'il veut dire, c'est qu'entre un univers, qui est celui de ce que cette personne projette (signifiant) et ce qu'il se passe (le vécu), il n'est pas possible de faire de lien. “je me suis battu toute ma vie, je fais le mieux possible, et mon patron me fait des saloperies, personne ne dit rien. Tout ce que j'ai fait dans ma vie, je l'ai fait pour ça ? La vie vaut-elle la peine d'être vécue ?” (je reprends exprès le titre du livre de ce grand dépressif qu'était Stiegler, qui s'est suicidé l'été dernier).

 

Toutefois, cette définition, “la souffrance, c'est la perte de sens” qui marche plutôt bien avec la dépression se heurte justement au fait qu'elle me paraît taillée pour les dépressifs. Je suis psychologue plutôt bien centré sur la psychée mais on va tout de même faire en sorte de ne pas faire du corps une pièce rajouté voire une variable parasite comme le pensent de nombreux psycho et comme je l'ai pensé moi-même. Je disais, à certains moment, que je pouvais faire de la psychologie sans le corps. C'est aussi regrétable que les médecins qui considèrent leurs patients comme étant de simples numéros.

 

Parce qu'une personne qui se casse la guibole, elle ne souffre pas ? Une personne qui a des douleurs ne souffre pas ? Peut-on décider de dire qu'il s'agit ici de deux choses différentes, que l'on nomme “souffrance” deux choses (deux signifiants) qui ne sont pas équivalents ?

Après tout, j'avais déjà fait ce coup avec la 'peur' sur ce blog, en disant qu'avoir “peur” de perdre son travail et avoir “peur” de prendre l'avion, ou bien “peur” lorsque l'on regarde un film d'horreur, renvoyait à des phénomènes différents. Nous avions dit qu'un seul mot recouvrait des réalités divergentes et que peut-être de nouveaux mots mériteraient de différencier, de créer de la nuance entre des concepts qui sont chapeautés par un signifié commun pour un signifiant bien différent.

Mais en l'occurence, je ne pense pas que cette solution soit envisageable ici.

On a rarement vu une personne avec la jambe brisée être contente (alors que l'on voit souvent des gens qui recherchent le grand frisson).

Ce qui fait le lien entre les souffrances psychiques et physiques serait au moins le mécontentement. La souffrance n'est pas seulement l'absence de sens, mais en quelque sorte le regret de cette absence de sens, un rapport au passé et/ou au futur qui sous-entend ceci : “j'aimerai n'avoir pas été entraîné dans cette situation et/ou j'aimerai en sortir, voir même qu'elle n'ait pas lieu”.

La souffrance, a-t-elle un lien avec l'oublie ? Celà renvoit ici à la question du trauma et, oh surprise, nous retombons sur le sujet d'un billet 'récent' de ce blog sur la résilience.

La souffrance a en commun lorsque l'on parle d'un pépin physique ou d'un dépressif en phase term de renvoyer à la douleur. Et que l'on se le dise, il n'y a qu'à regarder un psychotique décompenser pour savoir que sa douleur physique est vive. De même, un des symptômes de la dépression, au travail notamment, sont les maux de dos ou les TMS.

 

Bon, en attendant, nous noterons que là, nous avons une définition de la souffrance qui est bi-dimentionnelle :

-une définition processuelle : “la souffrance c'est la perte de sens”

-une définition ontologique : “la souffrance entre en rapport avec la temporalité”

-une définition psycho-physiologique : “la souffrance, c'est la douleur”.

 

*

 

Mais la souffrance n'est pas neutre non plus. Elle n'est pas un simple phénomène issue du néant, comme ça, naturel et toujours là, toujours considéré de la même façon, partout et tout le temps. D'ailleurs le pouvoir que nous avons définit sur ce blog comme étant une 'ombre' (nous avions volé l'expression à Walter Benjamin) fait “peur” (nous avions vu dans les articles sur la peur, lorsque l'on se situe dans le champ du politique et du symbolique, que celle-ci est la nature de l'ombre du pouvoir), qu'est-ce qui matérialiserait cette peur ? La souffrance justement. Si le pouvoir ne fait pas souffrir en menaçant de tordre le sens au point de se permettre de le casser, au fond, continuera-t-il de faire peur ?

 

Et en partant de là, on arrive à la souffrance comme le matériel sur lequel le pouvoir tape avec le marteau de la peur. Forcément, la question “que faire de la souffrance ?” prend un autre sens. Car après tout, la société, mine de rien, a assez peu rompu il me semble avec la religion catholique (et aussi la religion musulmane) où il y a une magnification de la souffrance. Il y a même une divinisation de la souffrance, elle a pris la place des ex voto des religions animistes.

Des fois, j'écoutais le dimanche matin la messe sur france culture (mais putain, pourquoi une radio d'état, sensée être laïque, diffuse la messe ? ) Avez-vous regardé, c'est encore pire, les prêches des évangelistes ? Tout dans ces discours n'est que douleur. Tout n'y est que mort et douleur, de même que l'action caritative est bien souvent une magnification de la souffrance. De même que la charité est une magnification de la souffrance. Et Nietzsche, que je trouve imbuvable, qui se vantait de rompre avec la souffrance vue par la religion chrétienne, je trouve qu'il n'a en rien rompu avec. Au fond, à peine a-t-il plus rompu avec la rédemption que Sade, encore que Sade écrivait mieux, au risque d'être moins poétique. Il a rompu avec la rédemption là où Sade l'a simplement nié (“je n'ai pas à demander quelque pardon pour des actes que j'ai commi”) tendis que Nietzsche, lui, a essayé de faire un système moins égocentré, quoique très narcissique. Mais je maîtrise mal, donc je ne m'étendrai pas. Nietzsche n'arrive pas à rompre avec la religion chrétienne, il ne retourne pas les valeurs. Il créé un système, mais il n'arrive à rien car je ne suis pas certain qu'il ait ce qu'il fallait pour : une théorie de l'humain et, partant, une théorie du langage – contrairement à Freud. Freud, lui, a rompu avec la souffrance catholique. Mais peut-être son narcissime n'y est pas pour rien ceci dit. Et peut-être, si on était provocateur, pourrait-on dire qu'une bonne part de la psychologie un temps soi peu de qualité, de nos jours, consiste pour le psychologue à mettre son narcissisme là où le prêtre ou bien le condescendant mettrait la souffrance. Parce que bon, je le dis pour l'avoir vécu, mais des marxistes qui magnifient la souffrance, j'en ai vu, et pas des moindres.

 

*

La souffrance est la perte de sens, donc. Mais elle est la perte de sens dans le discours de la personne qui souffre. Le condescendant et le prêtre se font mal avec la souffrance des autres – et on aurait envie de leur dire “heureusement que d'autres souffrent, sinon vous n'auriez rien pour vous morfondre !”

Voler la souffrance des autres, c'est les empêcher de bâtir un socle cimentant ces signifiants dissociés qui servira de piedestal à ce que nous avons nommés dans un précédent article, la résilience.

Pour rappel, le travail c'est la résistance, le retour du travail c'est la résilience. Pas de résilience sans travail. A partir de là, la souffrance de la personne, si le thérapeute la lui laisse, peut servir de base à un travail et un 'retour de travail' qui va être le socle de la résilience. Soit dit en passant, travail et souffrance sont liés. La souffrance, être en souffrance, c'est attendre que se passe quelque chose, c'est l'acceptation d'une action à venir ou peut-être en cours. La souffrance, c'est un crédit du travail en quelque sorte. Souffrance, comme travail, ont ensuite été connotés du côté de la douleur.

Quoiqu'il en soit, la souffrance doit donc être la base d'un travail collectif. Marx ne s'étendait pas trop sur la souffrance : “toute une génération enfermée dans les cachots des Célèbes” déplorait-il dans le Capital. Car il faut bien comprendre que l'accumulation du capital, l'augmentation tendantielle du taux de profit, c'est de la souffrance.

D'un autre côté, je ne sais sincèrement pas ce que le medef et son envoyé sur terre, macron, font de la souffrance. Je ne sais pas quelle place ils lui donnent. Un bon nombre doit se servir de la religion chrétienne pour la symboliser. Mais la souffrance étant la matérialisation de leur domination, je me demande dans quelle mesure ils ne prennent pas leur pieds avec la souffrance. Probablement qu'Alexandre Benalla a pris plaisir à frapper des manifestants. Je pense que l'autre bellette de ministre de l'intérieur de flamby, a aimé soutenir le gendarme qui a tué Rémi Fraisse. Ils aiment les armes et ce qui fait mal. Je pense qu'ils se font plaisir à dire qu'il va falloir travailler plus, que traverser la rue... pas la peine d'en dire d'avantage, vous saisissez. Je pense qu'ils savent créer de la douleur, ils sont dans la même position que les coachs qui disent aux sportifs de haut niveau 'fais-toi mal ! '

C'est le sens du management moderne.

 

*

Quoiqu'il en soit, l'important me semble-t-il est de rompre avec l'angle chrétien-musulman de la souffrance : ne pas la sacraliser. La souffrance de la personne appartient à la personne et s'en emparer pour des raisons idéologique, c'est voler cette souffrance à la personne, se l'accaparer et partant, l'empêcher de faire un travail de résilience.

Une personne qui souffre, psychologiquement s'entend, c'est-à-dire psycho-socialement, ne peut probablement être aidé autrement qu'en donnant cette place au contexte qui fait souvent défaut mais surtout en aidant la personne à s'approprier cette situation, ne pas la nier, pour dans un mouvement de réaction, ensuite, permettre de construire un futur.

 

Qu'est-ce que ça veut dire si on parle du quotidien ?

Ça veut dire premièrement ne pas se créer un imaginaire de lutte par procuration. C'est le fameux "ne me libère pas, je m'en charge !" qui semble être passé totalement à la trappe dans le milieu militant. La parole me semble y être accaparée par quelques spécialistes du langage universitaire.

Ainsi les sans-logis aidés par des experts des luttes qui cachent bien qu'ils sont propriétaires eux-même ; et je ne parle pas des fondages de plomb au sein des mouvements LGBT ou antifa, qui sont pour l'essentiels rien d'autre que des maladies infantiles des luttes d'émancipation qui viendront.

Les experts des luttes exproprient ainsi ceux dont le quotidien d'exploitation fondent à l'origine la nature de ces combats. Si des ouvriers tenaient l'idéologie du mouvement oubrier... Mais non. Au contraire, le mouvement contestataire-progressiste est tenu par tout un parasitage d'universitaires jargonnant. Des universitaires qui ne savent au fond pas ce qu'est la souffrance, et parfois même pas ce qu'est la douleur.

Et on se retrouve avec des antifas qui tiennent des propos racistes, des LGBT qui sont dans des mouvances identitaires et xénophobes, etc.

Pas anormal, ensuite, que ces mouvements ne mobilisent pas plus.

Au fond, ces groupes politiques sont un blanquisme moderne, une lutte d'élitistes capables de faire des coups de poings. Et d'ailleurs, ils agissent bien en ce domaine, il n'y a qu'à voir L214 et les prises de consciences permises par ce mouvement. Pas anodin non plus que ce mouvement se centre sur le gore et réussisse dans ce domaine. D'ailleurs, le fait que les animeaux ne parlent pas est aussi un gage que l'on peut utiliser leur souffrance sans trop être contredit.

Car au fond, l'expropriation de la souffrance des personnes conduit à leur mise au silence et en font des "dominés" au sens "passif" du terme. Tendis qu'en vrai, le dominé, le souffrant, est toujours une personne en voie de rabaisser cette domination, en train de lui résister.

Pas anormal en effet que la métaphore du maître et de l'esclave d'Hegel soit remise en cause dans certains milieux dits progressistes. Car un bon souffrant pour les experts militants, c'est une personne bien sagement dominée et qui surtout se tait.

 

*

 

Confondre le marxisme et la souffrance critique, celle qui ne déplore par la souffrance, ne la magnifie pas, mais oeuvre à son chevet pour de futures révolutions, qu'est-ce que ça pourrait vouloir dire ?

Premièrement, les mouvements progressistes aujourd'hui sont un accaparemment de la parole. Derrière le gloubiboulga universitaire dont au fond ce blog fait partie (bah oui, je ne me le cache pas...), se cache une spoliation de la parole de ceux qui sont dominés. Et cette spoliation se justifie par un ordre moral, une logique identitaire.

C'est là que se trouve selon moi la rupture majeur à effectuer. La rupture, elle ne se trouve plus dans la parole militante. S'il fallait juste bien parler pour changer les choses, ça se saurait. Il n'y a rien de pire qu'un militant qui parle. Et dans la cacophonie-cognitivo-communicationnelle qu'est notre société, je pense que l'avenir est à l'écoute, au silence. Et tant pis si au milieu un ouvrier du bâtiment parle de ces pédés de flics, de ces trav' de maton. Ça se reprendra plus tard. On verra, s'il milite avec des homos, s'il continuera ce genre d'expression.

La première rupture c'est donc l'écoute à apporter là où le monde militant apporte de la parole ; la seconde rupture à apporter c'est la critique de son ordre moral et de ce qui compose une sorte de police de la pensée militante. Parce qu'on en est là : les flics n'ont rien à craindre tant que les militants font pires qu'eux. J'ai vu plus de bastons entre militants que de gauchistes fondre sur les nazis. Mieux : ceux qui faisaient le plus la morale avaient choucroute en famille les jours où il fallait avoir des tripes. Ceux qui s'entraînaient le plus à la bagarounette n'étaient pas les plus hargneux... Alors autant lacher un peu sur la morale. Parce qu'une idéologie sans praxis : ça vaut que dalle. Or cette idéologie, la notre, se base sur le constat de la souffrance. D'ailleurs là est la conclusion : ceux qui passaient le plus à l'action, c'étaient ce qui avaient le plus souffert dans leurs vie.

Derrière l'écoute il y a la possibilité que s'exprime la souffrance et cette expression, cette prise en compte ne peux qu'avoir lieu si on lâche l'ordre moral militant. Sinon on nie l'expression de la souffrance et donc ce qui fait sens dans notre combat : mettre un terme aux douleurs créées par la domination.

La psychanalyse a été fondée lorsque une partiente a dit à Sigmund "mais laissez moi parler bon sang ! " Le nouveau militantisme aura lieu lorsque les cadres militants fermeront leur boite à camenbert.

Cette parole, il faut lui donner un cadre, il faut la cadrer par des règles. Le monde militant est le lieu de débats feints, que l'on pourrait refaire à chaque fois. Au lieu de regarder des films militants et de voir toujours plus de personnes aller mal dans le monde (je n'ai jamais compris cette démarche militante de glorification de la souffrance), pourquoi au contraire ne pas regarder des films d'entreprise, en analyser le discours pour mieux le contrecarrer ? Pourquoi les militants pour l'essentiel ne lisent que ce qui va dans leurs sens ? Ça va hein, quand tu as un bac +3, +5 ou une thèse, si tu n'es pas capable de bien connaître tes bases au point de ne lire que des trucs militants, c'est qu'il y a un soucis. Je ne dis pas qu'il faut seulement lire des choses qui viennent de l'autre camp, mais quand même... Critique bien ordonnée commence par soi-même !

Parce qu'il ne faut pas oublier que le marxisme suppose la dialectique, et que cette dialectique c'est en bonne partie la critique. Des militants qui font la critique inquisitoire, j'en ai vu, des militants qui se critiquent, ça, j'en ai à peine éffleuré (je leur fais un bizoux au passage, mais je le compte sur les doigts d'une main).

Des militants qui te disent ce que tu peux dire, à quel moment s'ils osent se placer dans ce lieu qui est le pouvoir, font-ils preuvent de critique ?

 

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