Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Carnets de Rando : Tour de la montagne d'AX (1/3)

Publié le par Scapildalou

Je partage un peu d'expèrience parce que je n'ai pas eu de vraies vacances cet été mais aussi parce que ce qui va suivre aérera peut-être un peu quelque esprit en quête de route. Cette route là est modeste, rien de grandiose, mais tout de même, c'en est une, et à part celles qui mènent au supermarché, elles brillent presques toujours à être raconté.


 

Tour de la montagne d'AX


 

Jour 1

Je prévois donc de faire le tour de la montagne d'Ax en quatre jours. Quatre, c'est beaucoup ou c'est pas beaucoup, suivant comment on se place. C'est pas beaucoup de jours pour un circuit où il y a un peu de dénivelé. Mais je voyais ce tour sur les cartes, je l'avais dans la tête, donc je décide de le tenter. Je procède comme j'aime : rando sans tente, sans tarp (ça va me jouer un tour d'ailleurs) et, cette fois, sans ravitaillement.

Travail dans l'éduc. nat oblige, j'ai eu à trouver un taco qui lui non plus n'a pas de vacances puisqu'il m'emène à Ax-les-Termes. Le centre bourg a changé depuis que la rocade le contourne. ça avait inquiété les commerçants et on peut les comprendre. Les bouchons du centre ville avaient comme point positif de draîner du monde vers les commerces. De fait, ceux qui étaient mal en point semblent ne pas avoir bien supporté la chose mais je commence la rando en passant par le centre piéton et les terrasses sont plutôt pleines.

Le centre d'Ax est sympas, c'est pas concervé façon boite à touriste, enfin pas trop, je le trouve agréable. On franchit l'Ariège par un pont où les odeurs d'eau sulfureuse refoulent sec.

La grimpette commence de suite par un petit piton qui domine la ville ; lui aussi est assez sec. Il fait de suite monter le cardio mais n'est pas long, on redescend vers l'ancienne nationale releguée au rang de desserte de la ville que l'on traverse pour prendre un grand sentier. Ce sentier bien foutu, une promenade en somme, longe un affluent de l'Ariège (l'Oriège) et emène vers un lac artificiel dont les berges sont agréables. C'est le fond de la vallée d'Orlu ici, et d'un côté, sur la droite, la face nord des montagnes sous lesquelles on marche héberge une forêt de feuillus avec au loin la dent d'Orlu qui domine l'autre côté, celui où la route grimpe vers le parc des loups.

La dent d'Orlu vue depuis la forêt de feuillus grimpant vers les Naguilles

La dent d'Orlu vue depuis la forêt de feuillus grimpant vers les Naguilles

Je continue sur le chemin et embraye vers la vallée qui monte au lac de Naguille – que je crois ! Je ne sais pas pourquoi, c'est la troisième fois que dans cette vallée je quitte ce chemin pour le sud, et c'est la troisième fois que je me plante de chemin. Et pas qu'un peu : je me plante de quatre ou cinq bornes - champion... Je ne m'en rends pas compte de suite, je dirai même que je percute vraiment tard. Il y a deux solutions : je fais demi-tour et perds du temps en sachant que j'ai déjà laissé un peu d'énergie. L'autre solution, c'est de continuer dans cette vallée que je ne connais pas et que j'ai bien envie de faire depuis un certain temps mais... mais je vais devoir me taper un sommet supplémentaire dans un parcours qui grimpe déjà pas mal et passer en des endroits sur lesquels il n'y a pas de chemins et à propos desquels je n'ai pas collecté d'info. J'hésite. Je regarde la carte. j'hésite encore. Il y a des cabanes dans la vallée bien entendu mais je ne sais pas ce qu'elles valent. Bon, j'ai trop laissé d'énergie, je suis partie tard, donc tant pis, j'embraye, je sais que je trouverai un truc pour dormir vu que les cabanes sont là. 

Aller, en route. Je monte dans une forêt de pins désormais, mais un quelque chose me turlupine. le chemin forestier est creusé de sillons : une coupe de bois assez franche est en cours. ça fait pas très développement durable, parce qu'on sent bien que c'est de bons gros camions qui amènent le matériel pour raser cette belle forêt à cette heure tardive. j'arrive à un carrefour où j’aperçois enfin les véhicules. C'est une entreprise Espagnole. Je m'arrête boire un peu d'eau, je les regarde. Je sens que je dérange. Je suis à deux doigts de relever les plaques mais c'est mon côté parano sans aucun doute.

Eh bien pas du tout. Durant le confinement, une personne qui roule pas sur l'or et détentrice d'une magnifique chêneraie non loin de là se fera couper sa parcelle de façon totalement illégale par cette même boite. Elle se fera même agresser en voulant porter plainte. J'aurai dû faire de même, genre bien leur rentrer dedans, même si c'était des costauds. 

Bon, en attendant, avec ce goût amer dans la bouche, celui que l'on a quand on voie une belle forêt de montagne se faire ravager, je continue dans la vallée sur une ancienne route désormais totalement délabrée. La route n'est pas dans le fond de vallée mais lorsque les tronçonneuses cessent de fendre le bois et le silence, on peut entendre le ruisseau sauvage glisser sur les pierres. Les pâturages bosselés sont entrecoupés de bosquets de feuillus. ça sent enfin la montagne. A droite la crête est celle qui mène ou col de joux qu'on voit un peu plus loin - mais on ne peut y voir sa très populaire cabane, une des plus visitée des pyrénées. 

J'arrive à une première cabane justement, toute mignone, au bord de la route. Elle est bien, il y a du bois en plus, la vue est magnifique dans ce fond de vallée mais je suis encore un peu loin. la journée de demain sera infaisable, il me faut donc continuer vers les prochaines cabanes, situées à une bonne trentaine de minute de là - une broutille. Je continue donc. ça commence à vraiment grimper ; la route se termine définitivement pour conduire sur un chemin balisé jaune qui serpente au milieu des pins. On sort de la pinède pour tomber sur les cabanes... Enfin, là où elles devraient être. Parce que je regarde autour, je regarde la carte, autour, la carte... la carte, autour. Bon, on va pas chippoter, les cabanes n'y sont pas, elles ne vont pas pousser dans les minutes qui viennent, je vais pas rester quoi... ni rester coie d'ailleurs. Deux solutions : soit je grimpe vers le lac, bien plus haut, et puisque l'orage ne s'annonce pas, ça me fera toujours ça de moins demain (et je ne suis pas KO non plus donc ça passe en dépit de l'heure avancée) soit je rebrousse chemin vers la précédente cabane, la mignonette. Je précise : dans ma tête, l'équation lac+pyrénées est égale à orri. Surtout qu'il y a de la pierre là haut, et que le lac d'Aygue Longue qui termine la vallée est dans une zone où sur la carte il est marqué " "l'Orri d'Aygue Longue". Tant pis, je prends un encas et j'attaque. Bien entendu je me paume un peu mais rien de grave, en avançant dans les herbes hautes et les janciannes. Il faut avancer en faisant gaffe car ça grimpe et il faut contourner des chutes d'eau tout en ne se perdant pas dans les rododindrons. Sauf que là, les balisent n'existent plus. Donc je piétine justement au moment où il ne faut pas. 

Vous la sentez la loose qui vient ? Une erreur d'orientation, des cabanes qui n'existent pas, de nouvelles erreurs d'orientation, un chemin non repéré... ça sent pas la situation d'avenir ça !

Le temps passe et la lumière décline, les chances de trouver un orri s'il est planqué au milieu d'un monceau de roches aussi. Mais ça reste le premier jour, je regarde le paysage et garde mon calme. Je fais même attention à ne pas me précipiter, c'est dire si c'est avec flegme que je grimpe.  

Je finis par arriver au lac pas trop tard. La nuit tombe et j'ai quand même fait 1400m de dénivelé positif. C'était une belle montée, en termes esthétique s'entend. MAIS (en majuscule parce qu'il est de taille) il n'y a aucun orri. Je cherche, hein, mais là encore, les chances d'en voir émerger un ex nihilo sont restreintes et il faut me faire à l'idée : je vais devoir pioncer à la belle. Le calcul est simple : on perd entre 0.5 et 1°C pour 100m de dénivelé, en fonction des conditions (en général c'est plus proche de 0.7). Le lac d'Aygue Longue est à 2000. Le résultat tombe net : je vais me peler les miches. Mon sac peut me faire tenir le coup, mais c'est pas certain. Il vieillit plus vite que mon salaire ne me permet d'en acheter un autre. Je vais dormir habillé, pas de doutes.

Un abris semble avoir existé, mais ce n'est plus le cas. Je complète une sorte de mur entre deux rochers en dessous desquels il y a à peine quelques centimètres où s'allonger entre des pierres qui empêchent d'espérer dormir sur un sol plat. Je passe de longues minutes à faire ce "mur" nécessaire pour bloquer les courants d'air qui viennent du fond de la vallée et font qu'on perd plutôt 1°C par 100 mètres... ça arrête pas de s'écrouler, et ça coupe pas totalement le vent.

Au bout d'une bonne heure, alors que la nuit tombe j'ai fini mon abris précaire que je surmonte d'une couverture de survie tenue avec des poils de c.. pour essayer de garder la chaleur. Je dîne et me couche. La couverture de survie se déchire de plus en plus. Les pans battent au vent en faisant un bruit désagréable au point de me foutre un mal de crâne qui m'empêche de dormir. VAille que vaille, je la fous en l'air et dormirai à la belle. Désormais je suis dans le calme le plus total, le ciel est beau. Le paysage nocturne me happe et, en quelques secondes je m'endors. 

Carnets de Rando : Tour de la montagne d'AX (1/3)
Commenter cet article