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Le sens de la vie n° 6 : qu'est-ce que c'est que le racisme ? (1/2 - définition et approche du continuum catégoriel)

Publié le par Scapildalou

Ça fait un bail que j'entends plein de choses me faire frémir sur le racisme. Pire, j'entends des antiracistes tenir des propos racistes ou proto-racistes au point qu'à certains moments, je me demande si des membres du PS ou même à certain moment des antifa ne sont pas autant racistes que de bons fafs. Bon, pour le PS, ce n'est pas qu'une hypothèse, c'est certain. Au fond, la réponse réside dans les liens étroits entre Colon à la mairie de Lyon et les orgas d'extrême droite. Elle réside dans les liens que j'ai vu poreux chez certains camarades avec les fafs aussi. Ça m'a posé des questions, parce que j'en discutais il y a pas longtemps avec un camarade qui me disait « au fond, le problème, il est idéologique, ce n'est pas des affaires de pratiques militantes » ce à quoi je souscris. Dans le milieu antifa, j'ai vu des orgas refuser de définir le fascisme dans leurs charte. C'est dire. Je parle de l'extrême gauche que je connais mais il ne faudrait pas croire que je la cible en particulier. Je suppute que c'est partout pareil, mais je ne suis pas partout et ne tiens certainement pas à l'être.

 

1-Raison sociale

Avant de rentrer dans le détail par une définition de ce qu'est le racisme notons que si les racistes n'ont pas besoin de s'enticher de ce détail à ce niveau là (à d'autres niveaux ils en bavent, on verra plus loin comment et pourquoi), en revanche chez les progressistes auxquels je revendique mon appartenance, il y a besoin de se demander ce qu'est le racisme.

Partant, le racisme doit être compris dans la façon dont fonctionne une société. Le racisme est en premier lieu une modalité d'exclusion et toute société possède cette double dimension d'intégration/exclusion. Les modalités d'intégration sont souvent questionnées lorsque l'on constate par exemple des phénomènes de désocialisation, de désafiliation.

A l'inverse les modalités d'intégration sont moins questionnées, surtout lorsqu'elle s'adossent à des modalités d'exclusion, car les deux modalités ne s'opposent pas plus que liberté et autoritarisme ne s'opposent : elles se complètent.

Intégration et exclusion peuvent aller de pair par exemple dans les phénomènes d'élitisme. Les processus d'intégration des grandes écoles (exemple emblématique mais en vrai, cet exemple peut-être étendu au fonctionnement scolaire français, disons même, à l'institution scolaire, car la précision est de taille) repose sur une double dimension d'intégration/exclusion. Les processus de sélection reposent globalement sur cette double dimension.

D'autres phénomènes vont seulement dans le sens de l'intégration d'institution (prendre la carte d'un parti, y faire la formation... mais là on est dans le politique : intégrer un groupe de pote ne fait pas que vos autres potes sont exclus, intégrer la famille de votre conjoint.e ne fait pas que vos parents sont exclus de quoique ce soit non plus).

Je pense que dire que le racisme est un processus support des logiques d'exclusion devrait au moins faire consensus. Mais d'autres choses existent, par exemple dans les phénomènes de socialisation, intégrer un groupe raciste en manifestant des propos racistes est un phénomène d'inclusion qui doit être souligné.

Le racisme est donc un processus d'exclusion mais reste à définir la matière qui est traité. On exclu qui et comment par le racisme ? Le racisme repose sur une logique de catégorisation de groupes sociaux. Notons que ces groupes sociaux sont fantasmés, et c'est là que les racistes ont de gros problèmes. Parce qu'il faut le noter, les nazis ont eu un mal fou à définir qui était juif et qui ne l'était pas. Bon, tous ceux qui se disaient juif ça allait, mais pour une part plus large, c'était beaucoup plus chaud. Ainsi, adolf himmself aurait put être catégorisé comme juif (par sa grand-mère), alors autant dire que ça a occupé pas mal de temps certaines têtes mal faites de membres du parti nazi. On peut voir une partie de la teneur de ces débats dans les Bienveillantes de Jonathan Little, roman qui n'a pas d'autres raisons d'être lu.

Plus proche de nous, c'est super dur pour les racistes de dire qui est français et qui ne l'est pas, du coup il peuvent être racistes des africains mais voilà que cela c'est dit, ils vont boire l'apéro avec un de leur copain qui est marocain mais vous comprenez, lui, ce n'est pas pareil. Je vous dis, c'est super dur d'être raciste. Au moins les antiracistes se simplifient la vie. Enfin, sur ce point là...

Passons.

Donc le racisme est une modalité d'exclusion basé sur l'à priori disant qu'il existerait des catégories naturelles entre les être humains, et que ces catégories pourraient être définies simplement. Au moins par la pigmentation de la peau, mais là ça pose problème déjà. Parce qu'un métis, c'est quoi lorsqu'on est raciste des noirs ? Pas simple.

D'autres éléments « naturels » vont venir se greffer dessus, sur cette apparence dû à la pigmentation, par exemple la culture. Là, les limites de ce type de raisonnement, on les retrouve dans le sketch du CRS arabe de Coluche, ou Hassan Céhef chez les nuls, donc je ne vais pas m'étendre.

Alors nous avons dit une chose, importante, c'est la présence du copain arabe du raciste. La proximité est importante car elle s'intègre au processus de fantasmatisation des différences qui est primordial. Le racisme est une modalité non pas d'ouverture au monde mais au contraire une tentative de forclusion, de lemmatisation de la société, une tentative de clore une réalité face à un réel qui s'échappe. Le fantasme a une place énorme dans les processus de catégorisation sociaux. Et notons que ces processus de catégorisation ont été étudiés de très prêt par la psychologie sociale. Comme toute exclusion, toute ordonnation du monde (Foucault...), toute grammatisation de l'ordre social (je cite tous les processus de construction de la réalité sociale – que je connais et qui ont été développés dans ce blog) participe d'une exclusion dans le discours or ce discours traduit quoi ? Il traduit un ordre social dans lequel les processus d'intégration et d'exclusion sont des rapports de pouvoir.

Le racisme ne peut donc être pensé sans que soit pensé les rapports sociaux, les rapports de domination globaux, économiques en premier lieu, car c'est sur ces rapports économiques et la nécessité de les justifier que naissent ce que l'on nomme l'Idéologie, avec un grand 'i' nom de zeus.

Il faudra retenir cette notion d'ordre car elle renvoit à un continuum. Il n'y a pas de dedans/dehors, ça c'est le résultat de l'approche systémique que je critique sur ce blog ( dans un article qui est d'ailleurs le plus vu ! ) mais il y a un pôle non/hors/dehors qui tend progressivement vers un pôle oui/dedans/acceptation. Et ça va avoir son importance plus tard, car on n'est jamais totalement intégré, mais on n'appartient jamais à une catégorie seulement.

 

2-Le racisme, apparition du phénomène

Nous avons dit que toute société mets en œuvre des processus de sélection, d'intégration et d'exclusion. Parce que l'humain fonctionne sur la catégorisation du monde, sur son objectivation (façon de créer des objets à partir de choses qui sont issus du réel, de l'expérience sociale – je parle d'expérience sociale parce que je sais, par exemple, que l'essence c'est pas bon et pourtant je n'en n'ai jamais bu...)

On touche à l'Ethique (notez le grand 'E'), c'est-à-dire aux modalités d'acceptation de ce qui est l'humain dans une société, les modalités d'ouvertures à l'altérité. Bon, eh bien il y a peu de société qui n'ait des modalités d'exclusion qui ne soit assez draconienne sur certains aspects. Ça va du « tu n'es pas de chez nous donc va de ton côté petit scarabée – si tu veux prendre un verre avant de partir, sers toi, le frigo est ouvert » qu'on retrouve dans des sociétés secrètes d'un côté du spectre jusqu'aux chambres à gaz de l'autre côté. Ouai, c'est assez radicale comme différence, je veux bien.

Du coup, les sociétés ont des modes de catégorisations qui reposent assez fréquemment sur des modalités de semblance/dissemblance physique. Vous trouvez ça normal ? Non, parce que la suite logique du raisonnement, c'est que ça veut dire que le racisme repose en germe dans pas mal de société et bon nombre n'ont pas eu besoin du capitalisme pour devenir racisme. Je prends exemple des sociétés arabes, des sociétés subsaharriennes (y'a quasi eu un génocide bantou sur les pygmées avant la colonisation, Ok ! ) aux sociétés asiatiques, à certaines société nord-américaines qui n'ont pas attendu l'arrivée des européens pour se génocider tranquilou-bilou.

Dans bien des cas il s'agissait de racisme, et ça, on ne peut pas le nier ! Non, l'européen n'a pas le monopole de l'horreur. Ce serait simple, mais ça ne l'est pas tant que ça.

Quand est-ce que le racisme s'est développé en europe ?

Alors là, on va mettre un bémol théorique qui a sa place. On a dit que le racisme existait dans d'autres sociétés, mais attention ! Il s'agit de processus similaires à ce que l'on nomme le racisme car après tout, en fait de race, ces sociétés traitaient plutôt en termes d'humains/non humains et n'avaient toutes dans leurs langue pas le mot « race ».

Donc le racisme né dans les sociétés occidentales avec la rencontre de cultures dont les différences sont bien trop palpables mais pas seulement. Le racisme moderne né avec l'exploitation de ces population et leur extermination. Sous-entendu, c'est avec l'exploitation des africains réduits en esclavage dès les années 1430 au Portugal et avec l'extermination des populations Arawak, Taïnos etc. en « Amérique » que le racisme va prendre son essort. Pourquoi ? Eh bien si tu as lu jusque là, lecteur-trice, tu sais répondre.

C'est que le mode de domination, le mode d'exploitation a nécessité une justification sociale pouvant faire admettre l'acceptation par toutes et tous, à l'époque, de ces meurtres - alors que jésus il a dit que c'était pas bien de tuer son prochain ! Alors les tôliers de l'idéologie de l'époque ils ont dit oui, mais...

Voilà.

Là dessus s'est donc créé une idéologie permettant de justifier la dominations des populations et leur exploitation qui tranchaient assez sincèrement avec les discours de modernité portés par les sociétés suite à la renaissance essayant de s'entrecuisser avec les porteurs de la parole divine qui aime tout le monde, surtout les chrétiens (oui mais...)

 

3-La colonisation

Le phénomène de la colonisation par les capitaliste en a rajouté une couche. Cette fois les États étaient en plus porteurs de la civilisation face à la barbarie. Alors cette civilisation n'a pas hésité à spolier les biens des peuples colonisés ou à les génocider quand ils râlaient. Du coup, les barbares ont dit, preuve à l'appui, « au fond les barbares c'est vous », ce à quoi les capitalistes ont répondus « oui mais... » Alors les colonisés ont dit « oui mais quoi ? » Là, les capitalistes ont réfléchis, et ils ont dit « oui mais nique ta Race ». En résumé, l'histoire du racisme c'est ça, et on ne parlera pas des marxistes qui ont dit en plus aux capitalistes « excusez-nous mais nous on a dans les colonies quelques militants à jour de leurs cotisations, le coup du « on est tous égaux 'oui mais bon' » vous nous l'avez déjà fait avec la religion, ce serait bien en fait que vous lâchiez la grappe et une augmentation de salaire à tout le monde ». On critique les capitalistes, mais c'est des gens qui ont toujours eu du mal à tenir leur place, vu ce que nos prédécesseurs leur en ont fait chié (certes, les capitalistes l'ont bien cherché, je ne dis pas...)

Hegel, sors de ce corps...

Mais ça ne s'est pas arrêté là, car les colonisés, une fois que les européens ont prouvé sur les champs de bataille et dans les chambres à gaz la supériorité de leur civilisation, n'ont plus eu les moyens de tenir les colonies. Et qu'on se le dise, la volonté décoloniale des USA, c'était surtout pour avoir un marché privilégié en afrique et asie, sinon ils auraient arrêté la ségrégation raciale plus tôt, dans leur sweet home alabama où ça pend encore quelques niggaz dès on y prive un jeune de la finale du superbowl, ou qu'on vote une réduction de la vitesse en SUV. Bref, la décolonisation s'est accompagnée de son lot de massacres certes mais en plus il a fallu, une fois que le divorce a été prononcé, que les décolonisés développe un mode de pensé qui ne soit pas colonial, à commencer par la pensée en vigueur dans leurs écoles et universités. Parce que pour le petit burkinabé, ça devenait un peu trop casse-gueule de dire que son ancêtre était un gaulois et qu'il était inférieur depuis que la france avait généreusement décidé de venir lui expliquer à grands coup de latte dans la gueule pour l'éloigner des tunes ou le rapprocher du front lors des guerres, que la civilisation c'est chouette, patati-patata.

Heureusement les anciens colons veillaient et ont réussi sans trop de peine d'ailleurs, ils avaient bien pris leurs dispositions, à raviver les tensions devenues « raciales ». Ce qui fait que le racisme existe sous une forme de processus d'exclusion européenne un peu partout dans le monde et qu'il s'accorde très bien d'une rasade de coca-cola et s'habille sans modération en nike.

 

Mais il ne faut pas oublier, surtout en france, qu'on a envoyé des habitants de Lille ou pire de Montauban massacrer et risquer de se faire massacrer pour la civilisation face aux peuples colonisé. Là, le racisme était bienvenu, de même qu'il sera bien venu à Peugeot Montbélliard dans les années 1980 pour diviser la CGT devenue trop puissante.

Parce qu'on a décrit le phénomène comme un truc idéologique, mais une chose manquait néanmoins, c'était la façon dont telle la vérole, il s'était transmit aux petites mains. Car au fond, l'idéologie dominante ne flotte pas dans l'air, s'arrêtant aux barrières de classe comme un nuage de Tchernobyle s'arrêterait aux frontières. Le racisme était nécessaire non seulement comme idéologie de domination mais aussi comme support d'exercice de la violence sociale.

Par exemple, les flics ne sont pas tous violents à la base. Ils le deviennent pour pouvoir exercer la violence qu'on leur demande d'exercer (sans leur dire, bien entendu, que les dés sont pipés). De même, les soignants deviennent violents avec les usagers pour pouvoir supporter la violence avec laquelle il doivent au quotidien avancer. Les cyclistes se dopent car il faut être dopé pour être cycliste, et non l'inverse (et quand on aura compris ça, la lutte contre le dopage pourra faire un bond en avant).

 

4-Un racisme peut en cacher bien d'autres

Nous l'avons dit plus tôt, le racisme est une hiérarchie non pas de deux « races » mais de plusieurs. C'est pour cette raison que j'ai insisté plus tôt sur la question du continuum, car toute personne se sentant appartenir à une catégorie raciale, s'autocatégorisant dans le système de racialisation proposé par la société, va se placer sur ce continuum et plus ou moins accepter certaines catégories. Il n'y a pas un racisme envers un groupe, le acisme est toujours racisme envers différents groupes. Un FN peut être raciste des noirs et des arabes mais pas des noirs guadeloupéens et des harkis.

Enfin, ce serait débile en plus d'être raciste (bon, ça va de pair) de penser qu'une personne, même la plus rejeté de la société en raison de la façon dont elle est catégorisée, ne pourrait pas non plus être raciste.

En effet, il n'y a pas que le racisme des blancs qui existe. Je me rappelle de discussions avec des Sénégalais ou des Marocains, je peux vous jurer que les façons de se catégoriser les uns et les autres, ça vaut les discours les plus faf que j'ai entendu sinon ça les dépasse. Encore une fois, il faut appuyer sur ce point : le racisme est apparu bien avant la société capitaliste moderne. Et du coup, dans un jeu de chaises musicales de la haine, tous les groupes sociaux font vivre le racisme. C'est d'ailleurs ce que les fafs nomment « le racisme anti-blanc ». Bon, cet argument vient étoffer l'argumentaire déjà bien fourni de l'extrême droite en rajoutant un « c'est celui qui dit qui l'est », n'empêche tous ces racismes relèvent de la même logiques.

Une vieille antienne disait : « une attaque contre un est une attaque contre tous », on pourrait la transformer « le racisme contre les uns est une attaque contre la solidarité de tous ».

Parce que, ce que ne disent pas les fafs, c'est que le racisme des arabes par exemple, il est surtout dans bien des situations tournés vers les noirs. Le racisme de ces derniers est dans bien des situations tourné vers les tchétchennes. Allez jeter un œil sur les chantiers : je peux vous jurer qu'entre portugais et turcs ça claque aussi, et que les deux communautés tendent plutôt à voter FN. Et je peux vous jurer que quand ils en décousent, ça fait bien plus mal que quand on en découd, mois et mes camarades, face aux nazis.

Il faudrait ne pas s'occuper de ces racismes parce qu'ils ne renvoient pas à nos lubies de petits militants d'extrême gauche frustré de ne pas avoir eu de carabine à plomb à noël ?

Je me rappelle de cette anecdote survenue à Paris : des militants cénétistes voient trois complotistes donner des tracts dont un est arabe. Les deux blancs se prennent quelques claques, mais les antifas parlent avec le dernier. Sur ceu, arrive un autre antifa qui ne parle pas, lui, mais mets un bel aller-retrour au complotiste. Les autres lui-disent : »pourquoi le baffer ? » et lui répond « si vous ne le baffez pas alors qu'il est complotiste, tout ça parce que c'est un arabe, c'est que vous faites une différence raciale. C'est vous les racistes ». Je suis d'accord avec lui.

Il n'y a jamais « un racime », et encore moins « un bon racisme et un mauvais racisme ». Il y a des processus d'exclusion se traduisant par le racisme, et il faut tous les détruire.

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