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Le faux problème de la formation des policiers

Publié le par Scapildalou

Bien sûr que si, j'ai osé !!! Bon d'accord, j'ai eu l'air flou, je n'ai pas été pris (ça a fait rire mes potes quand même hein) mais oui, si-si, j'ai osé ! Osé quoi ? Passer un entretien de recrutement pour devenir recruteur dans la police. Peut-être que mon cul c'est du poulet, mais pas le reste, ne vous inquiétez pas...

Bon, du coup, oui, dans la police il y a des psychologues dont une des missions consiste dans le recrutement des futurs assassins, en plus de participer à leur formation. Oui, parce qu'ici, je souhaiterais évoquer un argument qui me paraît somme-toutes être fallacieux : le problème de la formation des policiers serait la cause des déboires de certains d'entre eux.

Et je parle ici en tant que psychologue formateur, psy du travail à l'origine.

Depuis quelques temps, les pandores en chef se font entendre en disant à tour de bras qu'on ne peut à proprement parler de violences policières, mais que les « dysfonctionnements » de certains policiers sont dus à des problèmes de formation. Et je n'ai jamais entendu personne aller contre cet argument, or il est complètement faux. Je dirai même qu'il est profondément malhonnête et, dans une certaine mesure, il est la cerise sur le râteau des violences policières. « Je ne voulais pas faire de mal en vous tirant dessus, désolé pour votre œil hein, mais c'est un défaut de formation... C'est pas moi... »

Perso, je ne vais pas gober ça.

 

1-la formation : une réponse idéologique (la fuite en avant : Chicken Run)

Au font, quand les chefs flics parlent de problèmes de formation, ils ne font que récupérer un argument qui est celui du MEDEF et que l'on peut même dater. Cet argument de la formation date de 1973, du CNPF ; il est une récupération patronale de la question du savoir et de la connaissance tels que posés après mai 1968.

Pour rappel, depuis la renaissance, la diffusion du savoir se divise grosso modo en deux pans (d'or) : d'un côté la scolastique qui vise à faire gober l'idéologie et de l'autre côté, le savoir émancipateur. Le patronat a mis après 1968 un bon coup de bourre pour bien se placer du côté obscure de la force. Contre le savoir émancipateur, il a avancé le savoir professionnel, individualisant, délié de toute idéologie apparente même si en dessous de la formation professionnelle se cache la logique du profit et de l'acceptation de l'exploitation de l'humain par le patron ou son garde chiourme.

Nous nous retrouvons donc dans cette situation où d'un côté le patronat tire à boulet rouge sur l'éduc. Nat en disant que c'est de la merde, et de l'autre le MEDEF demande toujours plus de formation professionnelle. Une honte. Une honte que bien peu relèvent. (Mais que fait la FSU ? )

La formation est donc une réponse toute faite qui permet de (dé-)nommer un problème, de le masquer et de lui donner un autre nom, un autre sens.

 

2-former des cons... C'est partir de loin

Le canard enchaîné affirmait il n'y a pas longtemps que face à la pénurie de vocation (on a presque envie de dire « ouf ! »), la police abaissait son niveau de recrutement (là, on a moins envie de dire « ouf »). En d'autre termes, la question de la formation des condés se heurte au fait qu'elle doit s'adapter à un public de moins en moins bien formé initialement. La pénurie des vocations n'est pas une simple problématique situationnelle, comme le pense les connards de la FSU du lycée dans lequel je bosse et qui feraient bien de lutter réellement (un d'entre eux vient de sortir de mon bureau - aucune honte, je déteste qu'on me parle sans me regarder dans les yeux - et je sais ce qu'il dit sur mon dos, et comment il trahit. Bref, encore un qui me fait aimer la FSU). Non, les vocations sont dues à des éléments qui renvoient à plusieurs niveaux de lectures, allant du niveau "mythologique" au niveau "pulsionnel". Je n'invente rien, je pompe Eugène Enriquez (je pompe ses idées, parce qu'à son âge...)

Ce point renvoie au précédent : la question de la formation sert aussi à masquer des problématiques sociales, à masquer les impacts de ces problématiques sociales. Par exemple la pénurie de profs de maths est à mettre en relation avec le surnombre des personnes souhaitant devenir prof de sport. La crise des vocations féminines dans le domaine scientifique a été étudiée par Baudelot et Establet. Il ne s'agit pas de questions seulement de ce qui a trait aux conditions de travail. Résoudre ces problématiques ne passe certainement pas par de la formation.

 

3-Qui qui forme ?

Et puis en plus, ils sont chiés quand même les chefs des flics ! Après tout, qui qui décide qui qui forme comment dans la police ? Eh bien justement, c'est eux. S'ils trouvent que la formation n'est pas bonne, qu'ils démissionnent ! En effet, les psychologues de la police ont eu un mal fou à faire changer les structures de formation dans la police. Par exemple, cela fait à peine 5 ans que l'aspect psychologique d'une intervention est pris en compte dans la police, au cours de la formation. Et encore, les chefs ont râlé, ils ont d'autant plus râlé que des psy notaient leurs élèves. Bon, ils faut former plus et mieux, mais surtout, hein, on ne change pas la formation ! Il faut que tout change pour que rien ne change. Le guépard version gallinacé. 

Et puis s'ils râlent quand un type qu'ils ont tabassé dans leur studio sans raison aucune porte plainte contre eux, les pandores ne se sont pas exprimés avec autant de véhémence (en fait ils ne se sont pas exprimés du tout) lorsque, récemment, leur formation a été réduite de... 4 mois (passant de 12 à 8 mois).

 

4-Je tape, donc j'insiste

Autre chose : les bavures des poulagas sont-elles dues simplement à un défaut de formation ? Dans la plupart des métiers, les cas de violence causées par un manque de formation sont en fait en général, dans l'immense majorité des cas, des violences retournées contre soi.

Et puis de quoi parle-t-on quand on parle de violences ? Parce qu'un flic qui défonce l'anus d'un jeune avec sa matraque au cours d'un simple contrôle d'identité (Téo), c'est un manque de formation ? Le fait de renverser quelqu'un (qui s'avérera innocent par ailleurs) avec une voiture de police, avant de commencer l'interpellation, c'est un manque de formation ?

Non, c'est du sadisme.

Bref, ce qui passe souvent sous l'étiquette du manque de formation, n'est rien d'autre que de la formation liée au corporatisme.

Il y a des exemples de métiers où les personne sont mal formées et effectivement, il y a des cas de violences. Mais elles sont rares. En général, la violence dans une profession n'est pas due à un manque de formation mais à l'idéologie de métier (Dejours, 1980, 2011). Et cette violence s'exerce principalement envers les collègues par ailleurs. Ainsi, un grand nombre de violences policières sont tournées vers les collègues policiers, ce qui explique l'importance du taux de suicide chez les flics. Car en effet, les suicides des flics sont causés par les autres policiers, et non par un quelconque regard méchant de la société envers une profession incomprise. La profession de policier est très bien comprise par la population, c'est ce qui explique la crise des vocations.

 

5-Sens interdit

Le problème du métier de flic est qu'il attire des jeunes gens en quête d'action, souhaitant arrêter des voleurs, etc. Or justement, un flic arrêtera dans sa carrières bien peu de voleurs. La déformation idéologique, le fait de sans cesse se situer en marge de la loi a imposé une charge administrative pour contrôler les dérives de la police. Ces deux éléments impliquent une frustration que l'on veut bien, après tout, comprendre. D'une part, le flic ne se demande pas pourquoi une personne vole. On ne devient pas délinquant aux yeux de la loi par nature, on le devient pour des raisons sociales, des causes de société. Du coup, la nature du métier de flic est mal posée, elle ne correspond à aucune réalité et ne peut au final satisfaire que ceux qui recherchent dans leur pratique professionnelle de la violence.

La délinquance doit être empêchée et prévenue, notamment grâce à l'égalité sociale : moins d'inégalités, moins d'exploitation, plus d'éducation, c'est moins de violences sociales et de déviances. Rien à voir avec la police là dedans et de là à dire que l'on peut vivre dans une société sans police, il y a un pas que je me plaît à franchir. De toute façon, rares sont les délinquants arrêtés sur des flagrants délits. Ils le sont pour l'essentiel après des enquêtes. Qu'un corps social soit dédié, dans une société moins inégalitaire à seconder une force de justice, pourquoi pas. Mais de là à armer autant de flics, à leur laisser le pouvoir qu'ils ont, rien de rationnel là dedans.

De fait, les flics font à juste titre partis des plus frustrés de l'histoire. On leur vends de l'action, il obtiennent seulement de l'ennui. Ceux qu'ils arrêtent et dont ils sont persuadés de la culpabilité (et cette appréciation se fait à la tête du client) ne le sont pas, et sont relâchés par la justice.
Rajoutez une grosse dose d'ennui, de la paperasse, secouez, rajoutez un flingue, une grosse propagande d'extrême droite, et vous obtenez des violences policières. Le problème de la formation il est où dans l'équation ? Il n'y est pas.

C'est bon, vous pouvez circuler...

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