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Neurone cherche papier toilette...

Publié le par Scapildalou

Il y a, pour le dire vite, un lien épistémologique étroit entre les neurones et la zone anale : les neurones, je me les colle au cul.

Amis de la poésie...

Non, décidément, la question des neurones me passe par dessus la tête, c'est le cas de le dire.

Je crie au loup après avoir entendu plusieurs fois l'expression « neuro-atypique ». Cette expression ne signifie rien, mais rien de rien même si elle porte un sens. Elle est la revendication identitaire de « troubles » cognitifs, revendiquée surtout par les proches des personnes atteintes de « TSA », troubles du spectre autistique.

C'est sympa aussi ça, les TSA. « Trouble du Spectre Autistique ». ça veut dire quoi ? Déjà, pour admettre l'expression TSA il faut accepter celle de Trouble. Un trouble, ici, c'est un truc dont est porteuse la personne. Si elle a des problèmes, hop, on regarde sous le capot, dès qu'on trouve un truc qui n'a pas l'air d'être correct avec la moyenne on fait un lien, et on dit « cette personne est porteuse d'un Trouble lié à un dysfonctionnement cognitif et neuronal ». Pratique. Comme ça, pas de lien avec l'environnement, ça évite de poser la question dont ce trouble est par exemple le symptôme de la traduction d'une contingence sociale dans le cadre familial. Ça exempte tout, c'est un peu un nuremberg neuronnal à l'envers.

Bon, maintenant qu'on a accusé la personne d'être mal foutue, c'est mal foutu de quoi ? D'un spectre. C'est ce que je disais : on fait un lien entre deux éléments : des neurones qui ont pas l'air d'être organisés comme il faut et puis on dit que comme ça ressemble un peu à de l'autisme, si ça fait partie d'un spectre sans qu'on en définisse bien la porté eh bien, c'est de l'autisme. Emballé, c'est pesé. L'autisme c'est quoi ? Ça, on s'en fout. Ou plutôt, c'est de la neuro-atypicité. La boucle est bouclé, tout s'explique par un cercle bien court d'éléments reliés entre eux, mais c'est pratique.

 

J'ai trouvé une explication encore plus simple et qui permet de dédouaner tout le monde. Il s'agit de la transmission des troubles par les vêtements. J'ai fais mes propres statistiques, et dans les familles où on observe un enfant avec un trouble, dans la plupart des cas, les autres mioches ont un ou des troubles similaires, surtout s'ils sont du même sexe. Donc je pose cette question : qu'est-ce qui explique que la transmission pourrait se faire ainsi ? Eh bien ce sont les vêtements. Le premier de la fratrie qui a un trouble le transmet par les vêtements puisque son benjamin les portera aussi et ainsi de suite.

 

Vous trouvez ça nul comme explication ? Alors dites vous que je trouve que les explications se basant sur la neuro-atypicité et tout le tralalala des TSA me font le même effet.

 

Premièrement : on ne sait pas comment fonctionne le cerveau, et c'est normal. Je l'ai dit il y a quelques années sur ce blog : on croit que l'on pense avec le cerveau, mais étant donné que l'on appréhende le monde avec l'ensemble de notre corps, il faut admettre que l'on pense avec l'ensemble du corps. Peu de temps après avoir dit ça, on découvrait que l'estomac et les intestins contiennent presque autant de neurones que le cerveau. Toutefois, personne ne s'est dit qu'après cette observation, il fallait peut-être invalider l'ensemble des recherches précédentes qui postulaient que les neurones sont la pensée et qu'il n'y en a que dans le cerveau. Personne...

A la fac, un prof nous disait 'on nous dit comment faire avec nos neurones, mais les neurones ne nous disent pas comment faire'. Il y a peu, j'entendais Boris Cyrulnik décrire comment la culture et les modes de pensée culturelle façonnent notre cerveau et qu'ainsi, on ne peut délier la cognition et les troubles qui en découlent de la dynamique sociale. On ne pense pas avec ce qu'on est, mais avec ce que la société a fait de nous. Plusieurs siècles de philosophie individualiste et positiviste ont conduit à dénier entièrement le poids de la contingence et de l'environnement, le poids du contexte et celui de notre passé. Nous ne sommes pas des individus : nous sommes des êtres morcelés et jamais entièrement unis, déterminés par tout un faisceau de choses qui nous échappent. Et au milieu, nous tentons, dans ce que nous avons définit comme étant des enveloppes, de maintenir un semblant d'unité derrière ce que l'on appelle l'identité.

 

Du coup, la question du trouble est pas mal. Elle permet un double tour de passe-passe plutôt bien foutu. Encore une fois, il n'y a pas deux cerveaux foutus pareil. Du coup, on observe surtout les cerveaux des gens qui ont des problèmes. Dès qu'on y trouve un truc qui a l'air bizarre, on dit « ah, voilà, je t'ai dit que c'était mal barré ! »

Bon, Ok. Du coup, on fait de la personne la porteuse et donc la coupable de ce trouble. Pire, les parents et les proches se servent de ce trouble pour réaliser des revendications identitaires, c'est de là que vient la revendication de neuro-atypicité. A quand le chariot de neuroatypique à la gay pride ? Sera-t-il à côté du char de l'UMP ? Le SO sera-t-il assuré par les tôliers du chars des policiers gays ?

Pour fréquenter les milieux LGBTQI+, je peux assurer que la revendication d'être porteuse-eur de TSA y est fréquemment rencontré.

 

Dans une société de revendications identitaires, tout devait arriver, même ça.

 

On oublie juste une chose : les personnes chez qui on ne détecte rien peuvent aussi être porteuses de troubles. J'ai ainsi une collègue qui a découvert sa dyslexie à 25 ans, au moment de passer l'agreg. Elle était prof de français quand même, mais elle est surtout issue d'un milieu ultra favorisé. C'est bien pour elle, je la trouve un peu limité mais là n'est pas la question : la question, c'est qu'elle est bourge dans un milieu culturel favorisé. Si tu as plus de chances au départ, même en neuroatypicité, tu auras plus de chances à la sortie.

Le milieu social et familial détermine tout ou presque. On ne pense pas dans notre société comme on pensait au moyen âge, par conséquent les cerveaux ne sont pas chiadés pareil. Il n'y a pas plus de typicité neuronale que de beur au fion sauf peut-être dans dernier tango à Paris. En fait, on ne sait pas et on ne sera jamais comment est branlé un cerveau et j'ai envie de dire : heureusement ! Ne cherchons pas à rationaliser l'humain. Nous ne sommes pas des machines, des computers, nous sommes faits d'affects avant d'être des cognitif-comportementaux. Car c'est bien de ça qu'il s'agit, le retour du comportementalisme, du chien de pavlov fait humain.

La condition humaine, c'est la souffrance, la douleur, et surtout son dépassement. La fameuse résilience et d'ailleurs, je vais gribouiller un truc là dessus parce que voir ce zob de macron nous parler de résilience alors qu'il ne veut que de l'acceptation, ça me fout les nerfs. Passons pour l'instant. On ne saura jamais ce qu'il se passe dans un cerveau, pour une simple raison : il ne se passe pas grand chose qui puisse être traduit dans le langage. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas comprendre, mais ceci dit, je pense bien que l'on peut stopper une bonne part des recherches en neuro-comportementalisme. Encore une fois : si l'on pense avec les neurones du bides récemment découverts, cela ne devrait-il pas invalider l'essentiel des recherches qui ont été faites avant, lorsque l'on disait que l'on ne pense qu'avec le cerveau ?

L'humain n'est pas porteur de troubles. D'ailleurs je commence à en avoir la chair de poule de voir tant de parents poser des étiquettes sur leurs chiards qui n'en n'ont pas tant demandé, les catégorisant de neuro-atypiques, de porteurs de troubles etc. « Eh bien mon fils, t'es pas normal, mais c'est pas grave, hein ! » ça donne quoi ça, comme effet à long terme ? Et ainsi la culpabilité en plus d'être déniée, de s'accrocher au mioche comme un bout de caca sur un PQ blanc. Or justement, un mioche c'est tout sauf une feuille blanche, et encore moins un bout de PQ avec lequel on essuie sa culpabilité d'être au monde et incapable d'agir dessus. L'émergence du thème du neurone est consubstantiel de deux choses : un, le développement du numérique et deux, le désengagement politique. Militer, c'est admettre que l'on peut agir sur le monde. Conférer des troubles à qui mieux mieux, c'est admettre que le monde agit sur nous comme si nous étions des marionnettes.

Certes, le lecteur assidu me dira « n'as-tu pas dit, ma couille, que le monde était contingence et nous façonnait ? »

Oui, j'ai dis ça, mais je n'ai jamais dit que nous étions passifs face à ce façonnage. Tandis qu'au contraire, le daron ou la daronne et surtout le psychologue de merde qui dit « trouble » en regardant un mouftar, se place dans une position d'expert et le mioche est prié de bien accepter sa posture de neuro-atypique. S'il ne l'accepte pas, c'est un signe de son trouble. La boucle est bouclée, de la même façon que les fous, s'ils disent qu'ils ne sont pas fous, expriment là un signe de leur folie qui justifie de les traiter comme des fous. Imparable. Odieux mais imparable.

C'est là qu'on oublie ce que je n'oublie jamais, c'est la question de l'appropriation. Je dois dire que quand j'étais en thèse, dans le labo le thème était central et ça me gonflait. Maintenant, je ne fais rien sans. Une personne n'apprend pas ou n'accepte pas une chose telle qu'elle, sauf à être placé en état agentique - et encore ! Tout ce qui passe, nous le faisons notre c'est-à-dire que nous le défaisons, l'adaptons à ce que nous avons déjà mais par là même, une chose intégrée ne correspondra jamais à ce qui est convenue par le sens commun comme relevant de sa « vraie » nature. Je prends un exemple. C'est Mickaëlis ( ce type est un cas psychiatrique par ailleurs...) qui a montré que chez des personnes en souffrance, le soutien social peut être entièrement accepté, partiellement accepté, voir entièrement refusé. On va se dire : des personnes que l'on aide gratuitement alors qu'elles souffrent vont accepter cette aide, surtout si elle est faite par les meilleurs des meilleurs ! Eh bien non, ce n'est jamais le cas. Des fois cette aide est acceptées mais transformée etc. Bref, ce qui est mis sur la table en place publique est mâché avant ingestion. L'aide que l'on fournit, le soutien que l'on porte est toujours, je dis bien toujours, approprié, catachrésé, transformé, transmué, ou rejeté, mais jamais totalement accepté en bloc.

Quelle est la nature de ce processus d'appropriation ? C'est un processus qui ressemble à un frottement entre deux surfaces qui grippent l'une sur l'autre. C'est le lieu de rencontre entre le réel et la vérité singulière, le tenu pour vrai et pour acquis. Car si tout est déterminé, contingenté, une chose échappe à la détermination : c'est l'événement. On ne saura jamais ce qui est fait événement.

Or plus que jamais, classer des gamins sous le terme de la maladie, de l'atypicité, c'est les mettre dans des cases, c'est les dénier de leur humanité, c'est refuser leur souffrance qui si elle était dépassé, les ferait dire « je suis de la condition de l'homme ».

 

Vos troubles, collez-les ou vous voulez, mais pourquoi tant les mettre sur ceux qui n'ont rien demandé ?

-Je vous mets un handicap ?

-ah oui, puis j'en prendrai un pour le petit aussi

-ça sera quoi

-heu... une dyslexie, comme son frère

-ça fera 15€

-merci bien !

 

 

 

 

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