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Le deuil de la pensée

Publié le par Scapildalou

A dire vrai, je ne crois pas avoir entendu, depuis l’assassinat d’un enseignant la semaine passée grand-chose d’intelligent, aucune analyse de valeur ou point de vue respectable sur cet acte. Certes, on sent poindre ici un manque de modestie par conséquent je précise une chose avant d’aller plus loin : ce manque d’intelligence ne signifie pas que je le suis plus que d’autres, mais au contraire ce me semble être symptomatique de la connerie ambiante d’une parte, et le résultat d’une stratégie plus ou moins pensée d’autre part.

Ces actes dits ‘terroristes’ sont immanquablement liés à l’islam et bien pour ma part, et les enfoirés puisque c’est la façon dont je vais qualifier les ‘analystes’ qui hurlent sur les hauts plateaux des médias, d’en tirer un lien de cause à effet. Je crois pour ma part que le lien islamisme et terrorisme ne parvient qu’en fin de chaîne d’une suite logique à propos de laquelle personne ne parle. Et les analystes d’en tirer des conclusions qui au mieux n’auront aucun effet, au pire vont aggraver la situation.

Car après tout, une bonne part de ces enfoirés visent la même chose que les islamistes : mettre fin à la laïcité, mettre un terme à l’égalité et si possible, contraindre les libertés tant que la consommation continue. A ce titre, que soit mis en place un couvre-feu contre le COVID qui n’aura aucun effet, est là aussi symptomatique. J’entendais un enfoiré, un analyste donc, dire hier soir que la fermeture des bars et restaurants se justifiaient car en fin de soirée, comprenez-vous, on discute autour d’un verre sans le masque… Bon, au travail, qui discute autour d’un café avec son masque ? Et les transports bondés des grandes agglomérations, viennent défaire ce que la protection par le masque peine à faire, pourquoi si peu de bruit à ce propos ? Non, le couvre feu n’est pas une mesure destinée à faire que le virus recule. sa portée est double : faire en sorte qu’une mesure phare soit prise pour faire croire que quelque chose est fait, d’autre part fixer suivant le bon programme du medef les travailleurs à leur poste en pleine déroute économique. La preuve ? Le peu de télétravail auquel ce même patronat refuse d’avoir recours. Travail, consommes et tais-toi. Dans cette optique, l’égalité et tout le tralala sont de véritables obstacles que les dirigeants s’évertuent sans cesse à essayer de réduire. Historiquement, ce ne sont jamais les dirigeants qui ont accrus les libertés et la justice sociale, rappelons-le.

Bon, du coup, revenons sur notre sujet que nous n’avons pas trop quitté. Peut-on proposer une analyse qui puisse un temps soit peu faire un pas de côté ? Je me lance, je crois pouvoir en proposer une, toujours dans l’optique épistémologique dans laquelle je me place et dans laquelle se trouve ce blog : une démarche socio-constructiviste, matérialiste et institutionnelle.

Première chose : a-t-on déjà vu des personnes passer à l’acte de telle façon et commettre des massacres tels que ceux dont nous gratifient les ‘islamistes’ ? Oui. Oui oui, et d’ailleurs la réponse trouvée à l’époque était aussi fallacieuse. Je regarde et dis : aux USA, durant deux décennies ont eu lieu des massacres par le biais de personnes isolées. Il s’agissait de tueurs solitaires qui pétaient un plomb et allaient, souvent dans les écoles et universités, flinguer un paquet de personnes innocentes. Innocentes, pas tant que ça, et je le dis au risque de choquer. Je ne veux pas insulter bien entendu l’enseignant d’histoire qui s’est fait assassiner, bien au contraire, mais je ne me considère pas comme innocent des idées dont je suis porteur. Ce qui n’est pas normal, c’est la réponse qui est faite à ces idées.

Donc durant deux décennies ont eu lieu des Colombines expliquées de différentes façons - une surtout a primé. Il s’est agit de dire que les tueurs étaient des fous, des dingues, souvent abreuvés de hard-rock (on a d’ailleurs alors inculpé Marylin Manson…) On a un peu aussi inculpé le lobby des armes mais celui-ci a réussi a retourner l’argumentaire et a se faire passer pour la solution. C’est ce que l’on retrouve en France actuellement avec le lobby anti-laïcité et anti-égalité qui siège à l’élysée.

Je regarde ces actes et j’en tire une autre analyse. Premièrement, quasiment tous les meurtres commis par des assassins aux USA, ces tueries de type Colombine dont Michael Moore avait fait un film primé, à juste titre ce me semble, à Cannes, étaient commis par des personnes qui se rapprochaient d’une idéologie totalitaire et d’extrême droite. Ce que l’on retrouvait chez ces assassins, c’était l’attrait pour la violence, un attrait pour l’autoritarisme, des personnes qui auraient eu un beau score sur ‘l’échelle F’ de la personnalité autoritaire d’Adorno. Alors peut-on en tirer pour autant la conclusion simpliste que ces personnes avaient une personnalité qui les poussait à tuer ? Non, ce serait psychologiser, et nous nous heurterions à une impasse. Le point commun de tous ces assassins, c’était en partie leur classe sociale et surtout le sentiment de se retrouver à la marge, l’impossibilité de symboliser un sentiment d’exclusion objectif, l’impossibilité de mettre en mot un vécu d’injustice. La réponse des tueurs de Colombine est, c’est dur à dire mais au moins ça marque, une réponse irrationnelle car sur-rationnelle. Je dis bien que les tueurs comme l’est l’assassin du prof d’histoire sont trop rationnels, et non pas irrationnels. Qu’elle est l’idée de fond ? C’est que notre société est pourvoyeuse de violence. Cette violence est incarnée par un état qui va légitimer des inégalités d’une part, des inégalités qui font violence. Or il y a aussi en France comme aux usa un passé de violence, de ségrégation, de discrimination, de racisme. ce passé contingente le présent notamment dans la façon dont il n’a pas réglé (la France n’a pas fait le deuil de son passé colonial, n’a pas cherché à tiré un humble bilans des massacres liés à la colonisation et à la décolonisation, ni fait de réels travail sur la logiques d’état durant la première guerre mondiale ou le pseudo état de vichy durant la seconde guerre mondiale). Et encore, j’en passe…

Or ce passé est piétiné avec les valeurs qui sont censées être celles portées par ce même état : l’égalité et la justice sociale en premier lieu. D’ailleurs, quand on entend que les élèves doivent être critiques mais que l’état ne doit pas être critiqué, c’est là l’acmée de tous ces paradoxes et irréflexions véhiculés par des dirigeants et analystes qui se refusent à reconnaître que leurs intérêts sont ailleurs.

Je compare donc les crimes perpétrés par des islamistes mais qui auraient de toute façon été perpétrés par d’autres, aux tueries qui avaient cours aux usa il y a encore quelques années. Les processus de radicalisation sont à peu de chose près les mêmes.

Plusieurs choses à mentionner : le statut du savoir et de la vérité. Ils ont évolués, les deux étant tombés de leur piédestal, et là encore rien n’a été fait. Un grand penseur de cette évolution, Bernard Stiegler, a bien fait de se suicider le 6  août dernier : jamais il n’aurait de toute façon supporté de vivre le couvre-feu et la merde ambiante dont nous abreuvent les médias. Je me permets de mentionner au passage que certains accès d’optimisme chez lui ne faisaient pas sens à lire ses analyses. Son suicide aura mis ce sens que je ne saisissais pas. Lui qui connaissaient si bien les addictions, lui qui comprenait si bien comment nait la haine, s’il avait été écouté bien plus tôt, si une chance à ses perspectives avait été données, alors il n’y aurait pas d’attentats. ça peut paraître simplistes dit comme ça, je dirai que c’est bien synthétisé, nuance.

Depuis 9 ans (c’est précis, hein ?) je compare l’islamisme ou plutôt je le range dans la catégorie ‘extrême droite’. Que ne me suis-je pas fait engueulé ! Et pourtant, c’est bien ça. Le programme des islamistes radicaux est le même que celui de l’extrême droite, seul le nom de leurs idées religieuses sont différentes, ainsi que les pratiques qui vont avec. D’un autre côté, on retrouve le même créationnisme, le même totalitarisme, la même engeance sectaire, la même absence de critique et pire : les mêmes saletés culinaires. Car dans tous les cas, ça cuisine du gamin. Notons que les deux sources du terrorisme actuel sont l’extrême droite raciste et l’extrême droite islamiste. là encore ils se retrouve et nous pourrions ainsi tirer une théorie du terrorisme moderne sur les conceptions et représentations partagées de l’injustice et de sa tentative de résorption par l’exclusion d’un tiers vue par l’extrême droite. On en dit des choses intelligentes sur ce blog, hein ?! Mais ce n’est pas dur, vu l’impéritie et les apories de la ‘pensée’ moderne. Pardon, je voulais dire ‘vu les enfoirés’ modernes, ayant pignon sur rue dans les médias.

 

 

 

 

 

 

 

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