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Justice et fonction ontologique de la vérité

Publié le par Scapildalou

 

Ça fait longtemps que je veux écrire sur la question de la justice. Mais je n'ai pas trop le temps ni l'énergie de me pencher sur le sujet. En dépit de cette limite, je ne viens pas non plus de nul part et je peux au moins disserter sur le thème et peut-être apporter quelque chose, c'est le but. [Quoique... Après avoir écrit cet article, je me suis rendu compte que... Lévinas, comme par hasard, avait justement écrit sur le sujet, dans Totalité et infini]

Pourquoi la justice ? Au moins parce que je suis militant de la justice sociale, contrairement à tous les communautaristes et fascistes, qu'ils soient de gauche ou de droite. Oui, désormais, je parle de fasciste de gauche pour parler des communautaristes à la sauce jérôme martin ou tahar bouaf ou les indigénistes, etc. [ils foutent ma révolte au tombeau, comme disait le Renaud de la grande époque]

Oui, car toute justice est d'abord justice sociale disait Lévinas dans Difficile Liberté (je vais encore me faire taxer de sioniste par des antisémistes déguisés en personnes de gauche). Donc militant un peu esseulé de cette chose désormais passée à la poubelle de l'histoire, la justice sociale, entendue comme la défense des opprimés dans tout système de domination et ici il s'agit du capitalisme, il me semble intéressant à ce titre de disserter sur la question de la justice. Ceci dit, lorsque Lévinas dit « toute justice est une justice sociale » il parle plus exactement du meurtre et de son interdiction. Il se rapproche plus que mois, marxiste donc très centré sur la question de la domination économique, de la question de l'éthique, bien entendu, puisque lui, c'est ça qui l'intéresse. Ce qui l'intéresse, c'est la place de l'autre, l'acceptation, le refus de la violence et de toute forme de domination et à ce titre, dit-il, toute justice est une justice sociale. Ça pète grave...

Je crois avoir déjà utilisé cette citation dans le texte « une saison en enfer de Rambo » où je comparais le film Rambo et une situation réelle, le « meurtre du caporal Lorty » analysé par Pierre Legendre – je spoil : ça renvoie au meurtre du père chez Freud.

Au passage, en parlant de Freud, je fais une dédicasse aux couillons qui détestent la psychanalyse mais qui n'ont lu que le livre noire de la psychanalyse (si si, ça existe, j'en ai rencontré une il y a quelques semaines... Son métier ? Psychologue. Ben voyons...), ça témoigne d'un réel esprit critique.

Non parce que, est-ce juste de se revendiquer d'un courant ou contre un courant et de ne pas avoir de capacité à critiquer ce contre quoi on lutte ? Est-ce juste de dire comme jérôme martin ou tahar bouaf que Henry Pena-Ruiz est islamophobe lorsque l'on transforme les propos de ce dernier lui faisant dire ce qu'il n'a jamais dit ?

Vous allez dire « c'est une question de mensonge, ils transforment la vérité » oui, c'est exactement là où j'allais en venir : la question de la vérité. Car justice et vérité sont liées. L'injuste est l'absence, la négation d'une certaine vérité. Car qu'est donc la justice si elle n'est pas dite pas avec justesse ? Celà renvoie à plein de chose. Prenons cette question ainsi formulée « qu'est donc la justice si elle n'est pas dite pas avec justesse ? »

Pourquoi j'arrive à poser cette question ? En effet, dans d'autres textes de ce blog, j'ai dit et montré en quoi selon moi, poser une question était déjà fournir une réponse. Donc, toute question renvoie à une autre question, dans une chaîne où la récursion ferait pâlir de joie Chomsky. Donc, de quels droit, de quel point de vue cette question « qu'est donc la justice si elle n'est pas dite pas avec justesse ? » peut-elle être posée ?

 

Premièrement : la « justice » est un terme qui recouvre plusieurs réalités sociales. En premier lieu, la « justice » est une institution, en france, on parle de ministère de la justice. La justice est rendue dans des tribunaux, par des juges. Les accusés ont droit à des avocat, un procureur fait sont travail de fils de pute, etc. ça c'est la justice, à laquelle nombre de personne ont recours pour faire reconnaître leurs droits. « Leurs droits », ces deux mots collés côte à côte me font frémir. « Nos droits » - heureusement que dans « reconnaître nos droits » il y a reconnaître.

Avant d'aller plus loin, disons le : la justice est un rituel. Le juge entre, on se lève car la cours est annoncée, etc. La justice occidentale, fondée par l'empire romain autour de rituels religieux, reprise autours de rituels par les moines occidentaux, est demeurée dans l'ordre de ce que l'on nomme le rituel. Mais, quel est le lien entre « droit » et « justice » ? Car au moyen-âge par exemple, on se rend bien compte que seul comptait le rituel, à travers le jugement de dieu. Le droit n'avait guère à faire là dedans. Idem dans ce qui retournait de certains litige. Soit des témoins existaient et servaient de tiers observateur en cas de litige, soit on se foutait sur la tronche. Et c'était au plus fort de l'emporter. Le droit relevait pour bonne part des coutumes.

Le problème des témoins qui servent de juge, c'est qu'ils restent des bonhommes et ont tendance à ne pas vivre aussi longtemps qu'un contrat. Et puis surtout, les paroles s'envolent, les écrits restent. Le problème d'un écrit, c'est qu'entre ce que l'on écrit, l'esprit de ce qui est écrit sur l'instant, et entre ce qui est fait ensuite (et compris) de cet écrit, c'est que l'écart est parfois grand. Donc le droit écrit nécessite la présence de juge qui vont arbitrer les écrits. C'est de là que nait, sur les restes des rituels religieux, le droit, avec des juges qui vont arbitrer des conflits séculiers, à la façon dont des clercs arbitraient des conflits religieux.

« Le droit », est à entendre comme « le recte », ce qui est dans la ligne. Dans la ligne de quoi ? Dans la ligne de l'écrit, sur la même ligne, non plus seulement une ligne sur une page, mais la transposition de cette ligne dans l'esprit du temps. Et l'esprit du temps, celui qui va le dire, c'est le juge. Donc le juge a une parole performative : en disant quelle est la justice, il définit la vérité actuelle du texte de droit. Et essayez de dire, lorsque le juge dit de vous « coupable » qu'il affirme une vérité alternative, on en reparlera... d'où, en attendant, dans la question « qu'est donc la justice si elle n'est pas dite pas avec justesse ? » la raison de l'emploi du terme « dite », en plus du terme justesse ». Ici, « justesse » est un synonyme de « vérité ».

 

Donc nous venons de voire que la justice étaient une institution faite de rituelle. Que ces rituels ont pour fonction presque magique de faire coller le texte, le droit, et la réalité, afin de rendre vrai une vérité dans des situations sociales données. Mais dire cela, ce n'est pas épuiser la question de la justice, et surtout son corollaire, son stricte opposé, son thémata comme nous l'avons dit ailleurs sur ce blog : l'injustice. Car après tout : qu'est la justice si l'on ne considère pas l'injustice ? Peut-on faire une théorie de la justice sans faire de théorie de l'injustice ?

 

Car le « droit », le « juste » est d’abord un sentiment personnel, un ressenti, et c'est pour cette raison que l'on peut faire appel d'une décision de justice. Le juste ne colle pas nécessairement au droit, c'est pour cette raison que ce dernier évolue sans cesse.

Et on entre là dans ce que j'ai pour l'essentiel laissé de côté dans mes textes sur la vérité, à savoir ce que j'ai nommé « la fonction ontologique de la vérité ».

 

J'ai en effet affirmé avec force d'arguments que la vérité est d'abord une fonction sociale, celle de faire coller par un jugement collectif, sous l'égide d'un pouvoir social, ce qui doit être tenu pour vrai. Et de nouveau, de distinguer réel, réalité, vrai et vérité.

Le réel dans cet optique est la rencontre avec l'inconnu, ce qui résiste et oblige à travailler sur soi et le social, à perlaborer, à laborer, à creuser, à rechercher, à bouger. Le réel, c'est ce qui heurte, ce qui résiste.

La réalité est l'ensemble de ce qui dans le monde se montre à nous en tant que sujet social. Cette réalité, la réalité, peut varier d'une entité à l'autre. Ma réalité n'est pas celle d'un politique, et inversement. La réalité est donc ce qui pour chacun, du monde dans lequel nous vivons, peut-être objectivé. Je dirai, qui peut subjectivement être objectivé, être défendu comme faisant parti de l'existant.

Le vrai en revanche est ce qui est tenu comme socialement existant pour tout un chacun. « c'est vrai », le fameux « c'est vrai » acte qu'un élément de la réalité sociale est « reconnu » comme s'imposant à chacun, comme existant pour tous. Le vrai est (presque comme) un jugement de valeur socialement partagé. Qui que ce soit peut reconnaître comme existant un élément tenu pour vrai.

La vérité en revanche est ce qui est institutionnellement définit le monde et le tenu pour vrai. La vérité vient d'un pouvoir, celui de définir quelles sont les vérités sociales, quel doit être le vrai du texte, c'est-à-dire de la loi. Ainsi, la vérité s'éloigne de la réalité en ce que la réalité contredit parfois le vrai mais alors, le conflit est rude. Demandez à Copernic ou Galilée... La matrice qui confectionne la vérité est la matrice du droit, ce droit qui n'est pas écrit. Et la vérité, comme tout le reste, évolue, en fonction notamment de la réalité, et de la façon dont les réalités se heurtent au réel.

 

Tout ça c'est détaillé sur ce blog mais j'avais laissé là mon côté psychologue d'orientation analytique et m'étais assis sur la fonction ontologique de la vérité. En effet, la vérité à une fonction singulière, ontologique. La vérité est une chose à laquelle je vais, en tant que personne, me rattacher et ce, au point que la vérité va me définir. Chaque sujet, tout un chacun, possède une vérité qui est une vérité profonde, identitaire, souvent non conscientisée. Chaque sujet a sa vérité qui souvent sourde et apparaît dans le symptôme. Les Lacaniens disent que la vérité singulière est un syntôme (non, il n'y a pas de faute d'orthographe à syntôme). Or, qu'arrive-t-il lorsque la vérité singulière, ontologique, se heurte à une réalité sociale qui vogue en sens inverse ? Il se trouve que naît le sentiment de non juste. Et si les logiques d'action s'opposent, que le sujet (et c'est en général ce qui se passe) est sommé de se plier à la réalité sociale, alors apparaît le sentiment d'injustice.

Le Soi, est donc le deuxième lieu de la justice dans la société actuelle. Il existe un troisième lieu et je pense que nous aurons bouclé la chose.

 

Ce troisième lieu, c'est la science. La science rend la justice elle aussi, car elle est le lieu central de création de la vérité. On parle en effet de « vérité scientifique » car la science est le lieu même où le chercheur se heurte au réel (de plein fouet ! ) pour tenir ensuite un discours sur la réalité qui aura valeur de vérité (jusqu'à preuve du contraire). D'ailleurs, tenons un discours sur mon discours, mais peut-être que toute ma réflexion est biaisé par ma formation de scientifique. Mais c'est une autre débat pour l'instant.

 

Nous avons donc trois instance de justice, de tenu du discours sur le juste, la justesse, le non-juste, et l'injustice : la justice en tant qu'institution, la science, et le soi.

Et là, on peut dire qu'on a déjà avancé un peu...

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