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La fonction ontologique de la vérité

Publié le par Scapildalou

Il me faut répondre et désamorcer, répondre aux critiques, et les désamorcer. Et puis aussi, contre attaquer. J'ai écrit plusieurs article sur la question de la vérité. J'avais fini par la définir comme une fonction sociale, c'est-à-dire de la considérer comme quelque chose dont certaines personnes se servent. Et j'avais détaillé, dans une perspective très foucaldienne (mais pas seulement) les enjeux de pouvoir autour de l'établissement de faits de vérité. J'étais aussi resté dans une perspective psychosociale (la vérité comme élément de la dynamique d'un groupe social) et dans une perspective marxiste (la vérité comme le résultat d'une pratique collective, de rapports de production).

A dire vrai, il m'était très vite apparu qu'il manquait une autre fonction de la vérité, une fonction plus psychologique.

Mais cette perspective qui est la mienne m'expose à une critique que je qualifierai de surannée, celle d'être relativiste. Premièrement, il y a plusieurs types de relativismes et tous ne se valent pas. Rien que cette remarque de ma part tend à prouver que mon relativisme n'est pas intégral si tant est qu'il est.

Et puis la lecture des articles de ce blog tendent à prouver en long en large et en travers que je ne suis pas relativiste, peut-être même le suis-je moins que certains positivistes qui me lancent ces critiques. Premièrement, mon positionnement Ethique, mon positionnement pratique et professionnel (le primus non nocere de tout psychologue), mon positionnement philosophique (un universalisme et une défense des lumières surtout à l'heure actuelle où elles sont attaquées violemment par les anti-lumières) et politique (le fait d'être communiste, quel que soit la tendance, de stalinienne à « pif le chien » comme disait Renaud, est en soi un refus du relativisme) plaident en défaveur d'un relativisme de type libertarien.

 

Je place ici, pour détendre l'atmosphère, ce type de relativisme moqué par la bande à Barré.

Mais il n'empêche que je ne peux me résoudre à rejoindre les critiques envers ma positions. Plusieurs éléments à cela.

 

1-Accepter qu'existe une vérité pure. Oui, mais laquelle ?

Une chose me choque. Que ce soit Bouveresse, Emmanuel Barreau ou les autres, un truc me taraude à les écouter : oui, disent-ils, il existe une vérité. Bon, Ok, ils le démontrent tous. Bien. Mais une première chose me choque, c'est que ces grands penseurs qu'il faudrait bien se garder de ne pas respecter (parce qu'on peut ne pas être d'accord avec Bouveresse sur certains points, je trouve par contre que l'ensemble de son œuvre n'est pas critiquable ; on peut ne pas être d'accord sur ce point avec Barreau, c'est bien un des seuls points avec lequel je diverge de ses opinions et analyses...) éprouvent une certaine difficulté. Certes, donc, il disent qu'existent une vérité... Mais aucun d'entre eux n'est d'accord sur la définition de ce qu'est cette vérité. Tous s'écharpent pour la définir. Peut-être l'un d'eux a-t-il raison, mais comme dans Highlander, il faudra regarder quel sera le dernier – en espérant que ce soit le bon.

Des milliers (millions?) d'années que l'espèce homo recherche la vérité, et un universitaire [français de surcroît] serait sur le point de trouver la définition parfaite de ce qu'elle est. Excusez mon relativisme, mais j'ai un doute...

Ainsi, les tenants de l'existence d'une vérité pure et parfaite sont incapables de se mettre d'accord sur sa définition. Donc on attendra encore. Qu'ils travaillent, de toute façon leurs bouquins sont intéressants et en plus la plupart sont de gauche contestataire et progressiste, donc qu'ils y aillent.

En attendant, nous sommes nous, pauvres petits questionneurs, dans l'attente qu'ils définissent une bonne fois pour toute ce qu'est la vérité.

Ma définition de la vérité se base sur une conception de l'humain comme être symbolique, comme être de langage. Les faits sociaux sont d'abord des faits de langage et de ce qui est consubstantiel au langage : l'idéologie, les rapports de pouvoir, de domination, les lieux (institutions) dans lesquels ils prennent place, avec ce que ça comprend de contingence (historicité) en dehors de la présomption d'une vérité qui existerait indépendamment de toute idée (matérialisme).

La vérité est un acte de langage, comme tout le reste. D'ailleurs, certaines cultures n'ont même pas ce mot dans leur vocabulaire. Est-il relativiste de le souligner ?

 

2-Être en mesure de comprendre ce qu'est la vérité

Autant pour certains penseurs ça va, j'arrive à comprendre, autant pour la démonstration qu'Aurélien Barreau a fait quelques jours avant la rédaction de cet article sur internet, la définition ou la preuve obtenue de l'existence d'une vérité... m'échappe. Je veux dire, je ne suis pas en mesure de comprendre en quoi elle consiste. Certes, je ne suis pas d'un folle intelligence de façon formelle (QI très moyen), psychosociale (cf. mon affligeant humour scato) et plus (je vous passe d'autres exemples). Mais il se trouve que je suis dans la moyenne (et je m'excuse envers toute la moyenne de plaquer sur elle mes défauts). En d'autre termes, si la vérité existe, il faut le dire, la plupart des péquenots que nous sommes... sont exclus de savoir en quoi elle consiste. Nous ne sommes pas en mesure de la comprendre. Et, encore une fois, en quoi consiste le relativisme ? A dire qu'il n'y a pas de vérité mais que cela n'empêche pas une éthique universelle ou à exclure des masses et des cultures de ce que serait la vérité, parce qu'ils n'ont pas les moyens intellectuels ou culturels d'en saisir la définition ?

Non, dans la plupart des cas, les grands penseurs qui définissent la vérité, à titre personnel, je ne suis pas en capacité de suivre leur raisonnement, de comprendre les preuves qu'ils apportent ; et ce n'est pourtant pas faute d'y travailler, la preuve étant que je les écoute alors qu'à priori ma position (forgée quand même sur un travail universitaire et une certaine discipline qui n'est pas celle du commun) est à priori inverse à la leur et que je sais être en difficulté à comprendre leurs raisonnements. Mais j'y travaille.

 

3-la fonction ontologique de la vérité

Une chose est claire, cela fait plusieurs centaine me milliers d'années que l'humain recherche la vérité, et je ne doute pas une minute que cet état de fait ne dure encore quelques temps. C'est un peu, si l'on veut, comme ce personnage de la Peste de Camus qui en est toujours à la première ligne de son roman « par un beau dimanche de mai de mais, une belle amazone chevauchait une jument dans les allées du bois de Boulogne ». Une phrase que l'auteur essaie de rendre parfaite, ne dépassant jamais dans son roman cette première phrase amenée à ne jamais être achevée.

Je connais un sacré paquet de gens qui ont des problèmes similaires, des questionnements dont ils cherchent toute une vie durant la solution. La vérité, la leur, ne réside pas dans la réponse qu'ils trouveront. Leur vérité, à eux, c'est ce questionnement. J'ai un copain qui approche la retraite et s'est questionné toute sa vie sur ce qui faisait qu'on devient un salaud. Et il lit à ce sujet. Il avance, il réfléchis. Il est toujours persuadé d'être à deux doigts de comprendre à quel moment on devient un salaud. Il est persuadé d'être proche de trouver la réponse. J'espère bien qu'il ne la trouvera pas, le cas échéant, ce serait pour lui la fin.

Cette « chose », l'objet de notre recherche personnelle, de notre quête personnelle, est ce que l'on nomme un Syntôme, c'est-à-dire une sorte de symptôme mais qui n'entraîne aucune forme de pathologie sociale. Une passion en somme, pour délaïciser le terme.

Je me demande dans quelle mesure la façon dont certains passent leur vie à rechercher en quoi réside la vérité n'est pas, au font, la manifestation de leur syntôme. Ça les tient.

Car la vérité, et c'est mon grand oublie je crois, sur ce sujet, à présent, a aussi une fonction psychologique. Pour rappel, une fonction psychologique, c'est un élément autour duquel nous nous développons. Il s'agit ici non pas de savoir à quoi sert une chose (fonctionnalisme) mais comment des personnes s'en servent, toujours dans une approche matérialiste (étudier la pratique), épigénétique et institutionnelle.

Chacun de nous est certain d'avoir une vérité, ou de connaître certaines vérité. D'ailleurs, plusieurs vérités parfois contradictoires existent en nous. Même les sciences sont traversées par des vérités contradictoire, alors bon...

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