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Pour une critique progressiste des concepts d'autonomie et de responsabilité (4) synthèse avant conclusion

Publié le par Scapildalou

Je suis certain que si je voulais continuer à trouver des arguments contre le couple autonomie-responsabilité, je pourrait trouver, mais ce n'est pas le bu ; le but c'est de montrer en quoi ce couple est néfaste au lien social, et tout ce que j'ai dit en guise d'argumentaire avait une double visée, nécessaire. Autrement dit, cette double visée incluait la préoccupation conjointe du fait que :

1-le couple autonomie-responsabilité tend à constituer un élément néfaste au lien social

2-le couple autonomie-responsabilité est néfaste en même temps au concept de démocratie, voire il rend impossible impossible d'imaginer un système démocratique hors du capitalisme, si tant est que (c'est mon cas) la fin du capitalisme soit une préoccupation réelle.

 

Les trois premiers textes de cette série ont donc présenté successivement les arguments suivants :

1-l'autonomie est certes une conception ontologique de l'humanité, mais elle exclue les influences, j'ai parlé plus précisément des contingences pour reprendre les termes de Richard Rorty, qui s'imposent à tout humain entrant dans l'humanité. L'humain vivant est responsable de l'histoire, des règles, du langage, etc. qui lui sont légués mais aussi du futur qu'il léguera aux génération suivantes. A ce titre, il est responsable aux yeux de ces générations et de ses ancêtres, sans réellement être autonome, puisque l'autonomie est la capacité à faire soi-même des normes – hors si les normes répondent à des injonctions du passé et du futur, cette génération de normes, lois, règlements etc. dépendent d'avantage des générations futures (créativité) et passée (créativité mémorielle). Il y aurait donc dans ce cas une responsabilité sans réellement d'autonomie, sinon une création de normes desquelles dépendront les contingences des générations futures. Autant dire que cette autonomie tient d'avantage de la créativité, c'est-à-dire une autonomie seulement portée sur la capacité à influencer l'imaginaire. Mais, à y regarder de plus près, même Castoriadis se prends les pieds dans le tapis en évoquant sur ce thème l'autonomie – hors c'est justement son fond de commerce si je puis dire, pour critiquer le marxisme et le point de départ de l'approche matérialiste historique de Marx (à savoir l'influence de l'infrastructure sur la superstructure : le fameux « donnez-moi un moulin, je vous donnerai le servage »). Sa conception de « l'autonomie » des institutions rejoint la mienne en termes de contingences, mais à la confondre avec l'autonomie des individus, je pense que Castoriadis se plantait, et je n'ai pas trouvé (je n'ai certes pas bien cherché, probablement) chez lui, une approche différenciant clairement les deux.

 

J'ai dit dans le premier article qu'un système tendant vers la démocratie (capitaliste ou non), reposait sur trois éléments essentiels : la critique, la liberté d'association et l'éthique.

 

Ici, dans ce cas, il me semble que la critique est vertement mise en difficulté par cette conception de l'autonomie-responsabilité et ce, à deux niveaux.

1.1-si on admet comme Castoriadis (et c'est mon cas) que les institutions peuvent perdre de vue les contingences ayant présidé à leurs fondations et peuvent en venir à créer leurs propres contingences, à devenir des finalités pour elles-même (Castoriadis dit qu'elles « deviennent autonomes »), par définition, elles instaurent un ordre des choses qui contraint la pensée et la création de nouvelles règles. Elles fondent alors ce que les physiocrates appelaient des « corps intermédiaires ». Leur critique n'est pas totalement recevable, mais elle a le mérite d'exister et de soutenir la notre, de critique. La seule façon pour une institution d'être critiquée est d'être traversée (transpercée même!) par des éléments critiques et extérieurs à elle, des tiers, qui sont sans cesse présents pour rappeler la finalité de l'institution. A ce moment seulement, elle sera capable de supporter et soutenir la critique. Mais elle ne sera plus autonome. L'union soviétique avait répondu a cette problématique en envoyant des commissaires politiques dans chaque organisations mais ils répondaient du parti communiste, hors un parti n'est pas un état ou une organisation répondant à une fonction d'union de type étatiste. D'où le manque de succès que l'on sait.

1.2-ne pas admettre que nous ne sommes pas autonomes en termes de mémoire déposée et à déposée entraîne que, si l'on se considère autonome néanmoins, on se trouve alors ne plus avoir de recul réflexif sur les événements dans lesquels nous sommes entraînés et avons à agir, c'est-à-dire prendre des décision. Dans ce cas, la revendication de l'autonomie irait justement contre ce pour lequel cette revendication existerait. Je m'explique : nous nous débattons dans des contextes, et ces contextes entraînent l'apparition de normes de langages, de représentations, etc. Par exemple, l'écologie, il y a 20 ans, consommer du bio si on veut, était le fait d'un groupe marginal. Désormais, il s'agit presque d'une norme. Et ce qui en a fait les frais, c'est encore la critique sociale du bio, la critique de gauche pourrait-on dire, qui a insisté sur le fait que le bio ne résoudrait pas les problèmes d'alimentation y compris d'alimentation saine, que c'était tout un mode de production capitaliste qui était à revoir. La critique prônant une réforme agraire a fait les frais de la diffusion du bio. Cette critique sociale, qui revendique une réorientation des rapports de production, est au final toujours passée sous silence par une réorientation de la critique sur la question de l'autonomie. Le communautarisme « d'extrême gauche » (je reviendrai là dessus dans un prochain article qui achèvera de me mettre « l'extrême gauche » à dos, si jamais certains lisent ce blog ; lorsque je parle d'extrême gauche, je parle bien entendu de ce que Lénine appelait « la maladie infantile »...), que l'on retrouve chez les antisexistes, LGBT, antifascistes, etc. retourne toujours sur la question de l'autonomie des individus et des groupes, oubliant toujours celle des rapports de production. La critique est alors tué par une position inquisitrice dominante au sein de ces groupes, qui refusent de questionner en leur sein les rapports de dominations. Ils reproduisent en eux-même ce contre quoi ils luttent, comme si être certain d'attraper un rhume valait mieux qu'être dans l'incertitude d'attraper la grippe. Ces groupes refusent une critique en interne, je me centre sur eux car je les connais ; mais il en résulte in fine un relativisme général, une mise en parallèle de toutes les valeurs, de toutes les éthiques. Dans ce cas donc, l'autonomie lutte contre la critique et fini par détruire l'éthique. Elle n'est donc plus recevable.

 

 

2-On a vu que l'humain n'était pas suffisamment bien foutu pour rendre compte exactement de ses actes, attitudes, comportements, etc. voire même qu'il cédait volontiers son autonomie si on lui prenait en plus sa responsabilité (en échange de quelques dollars il est vrai). La psychologie sociale a montré comme les individus peuvent difficilement analyser ce qui du contexte guide leurs actes. Et ces individus, ce sont nous, il ne faut pas l'oublier. Les expériences de Glass, Asch, Milgram, Beauvois, Joulé, etc. montre que nous sommes facilement manipulables, nous perdons facilement notre autonomie, sans même nous en rendre compte. Nous sommes de façon empirique, peu autonomes, et bien peu responsables.

Or la psychologie sociale a montré que nos choix éthiques dépendaient de nos actes. Si nous ne maîtrisons pas nos actes, que dire de notre éthique...

 

3-L'approche systémique montre que rien n'est jamais dépendant du monde qui l'entoure. Le monde est même, dans une large mesure, la liste des catégories d'objets qui nous entoure, que nous discriminons, et qui ont une influence sur nous de par leur existence, et sur lesquels nous avons une influence potentielle car notre discrimination est nécessairement performative. Ainsi, disait Von Bertalanffy, tous les systèmes sont extrêmement poreux... A commencer par l'organisme humain. Il n'y a pas d'autonomie, il y a interdépendance, et la responsabilité s'appelle dans ces cas là « l'existence ».

 

4-Il est difficile de nier les déterminismes sociologiques et encore plus de s'en extraire – surtout si les groupes d'extrême gauche qui se disent chargé de le faire s'organisent sur des modalités inquisitrices. Il en résulte une impossibilité des communautés une fois qu'elles sont définies ainsi de se libérer ; pire même, les exclus de ces communautés et qui font pourtant partie des dominés se retrouvent eux-aussi exclus. Ils se trouvent pour ainsi dire exclus des exclus, et donc sans modalité d'action sur la critique, sur la société, etc. Les groupes communautaires vivent donc de l'exclusion, c'est leur fond de commerce, et ils ont besoin de domination pour réaliser eux-même une contre domination. La remise à plat des causes profondes de la domination, la fonction de pouvoir n'est jamais remise en cause, jamais questionnée. La volonté d'autonomiser les groupes dominés revient de fait à exclure d'autres catégories de personnes, et à cantonner les dominés dans leur position de dominés, à valoriser la position de dominé, sans jamais réellement la remettre en question. C'est la critique que Nietzsche faisait à Hegel et sommes toutes, je la reprend...

C'est ainsi que j'ai quitté les groupes d'extrême gauche : je ne me retrouvait plus dans l'envie des étudiants syndicalistes d'être profs à la place des profs, dans celle des antifascistes de ne plus exister que parce qu'il y a le fascisme (sous-entendu ils ont besoin du fascisme, au point parfois de rendre leurs groupes, pourtant opposés, totalement poreux), et dans l'anti-sexisme la création d'un nouveau mode de domination, excessivement violent, à travers une novlangue notamment qui impose des injonctions (« il ne faut pas dire ») et mets en place des tribunaux au sein de ses organisations, au lieu de la proposer une réflexion sur la place publique. Ce n'est guère ma conception de l'idéal émancipateur...

 

 

 

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