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Le tord tue le corps beau en attendant l'heureux narre. Mais il narre quoi ?

Publié le par Scapildalou

Je ne sais comment dire, mais une chose me chiffonne depuis quelques temps. J'ai défini sur ce blog comme la vérité était une fonction sociale. Autrement dit, la vérité n'est jamais vrai qu'en fonction des rapports sociaux ; il y a vérité en fonction de ce qui est tenu pour vrai, c'est-à-dire ce qui est défini comme la réalité. La réalité, c'est un ensemble de fait, que l'on perçoit, démontre, etc. Cette réalité varie, la fonction dont on perçoit le monde aussi, etc.

Donc la vérité serait une fonction sociale, seulement. Néanmoins, une chose est sûre, c'est que même si la vérité est une chose sociale, je suis sûre que cette assertion, en italique, reflète une vérité, tout le temps et toujours. Qui suis-je pour dire le « tout le temps et toujours » ? Un être humain, et une autre chose est certaine, c'est que l'essentiel des êtres humains sont persuadés d'avoir une part de vérité, de connaître ou tenir la vérité, ou un morceau au moins, et ce malgré les diversités d'opinions qui plaideraient, à toute personne extérieure, pour le contraire. D'un autre côté, une personne disant « je suis certaine de ne pouvoir rien tenir pour vrai », inquiéterait l'essentiel des hommes vivant, sous toutes les latitudes, à toute époque.

Pourquoi sommes-nous certain d'avoir une part de vérité, un savoir vrai, de toucher quelque chose d'essentiel, alors que depuis notre enfance, tout ce que nous avons tenu pour vrai à un moment a cessé de l'être – même les plus dogmatiques évoluent !

Heureusement que le tord ne tue pas, sinon ce poison ferait que nous ne serions pas nés...

 

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Mais je ne peux non plus me résoudre, pour je ne sais encore quelle(s) raison(s) je ne souhaite pas voire dans la vérité une fonction psychologique. J'ai mis un peu de temps à comprendre ce qu'est une « fonction psychologique », si je devais définir ce concept, je dirai qu'une fonction psychologique est « ce à quoi sert cette fonction pour nous développer nous-même ». Yves Clot qui a écrit en 1998 La fonction psychologique du travail montre que le travail est essentiel pour se développer, apprendre, vivre, etc, parce qu'il nous permet de produire des œuvres, de se sentir exister à travers elles, de nous confronter au réel du travail, c'est-à-dire à des difficultés dont la résolution, notamment grâce aux relations avec nos collègues, nous font progresser, nous sentir nous améliorer, etc.

Bref, sous cette étiquette, je ne peux dire que la vérité est, en plus d'une fonction sociale (le lieu et l'exercice d'un pouvoir) une fonction psychologique. L'humain a toujours existé par le travail, le travail est une épreuve à dépasser ; la vérité est plutôt une limite à trouver, et il n'est pas certain que tous les humains, au cours de l'histoire, ont eut à se soucier de la question de la « vérité ».

 

***

De fait, la personne qui invoque la vérité est une personne qui dit incarner à la fois le pouvoir et son pendant de justification, le savoir. Dans ce cas, ça ferait du savoir quelque chose de l'ordre de la simple justification, la compilation de faits, liés par un/des linéament(s). Le savoir est donc un texte qui habille nos représentations. L'homme a dû s'habiller pour d'autres raisons que rester au chaud, dès qu'il a commencé à parler, c'est-à-dire à mentir.

La vérité pour tout un chacun, ce serait donc ce qui de l'exercice du monde, sa pratique, nous sert de preuve par rapport à ce que l'on peut lier aux règles sociales. L'exercice de la vérité est donc l'exercice de la narration, de notre position dans le monde, en tant qu'être singulier, nous débattant avec tout un tas de contraintes (l'hétéronomie) et une seule chose, en dernier lieu : nous sommes.

 

 

 

Sinon dans pas longtemps c'est le 100ème article sur ce blog : normalement il-y-a une surprise de prévue !

 

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