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Anti-impérialisme et critique de l'Islamisme - le tout sans être complotiste

Publié le par Scapildalou

Je suis abonné à la lettre du site d'information Orient XXI fondé notamment par un ancien de la rédaction du monde diplomatique. Les articles y sont souvent très bon, mais un dernier en particulier est excellent, et c'est pas souvent que je fais autre chose que de cracher sur les gens, donc il faut le noter.

L’islamisme est-il la forme musulmane de la théologie de la libération ?

entretien d'Alain Gresh avec Asef Bayat

Je me permets une longue citation d'Asef Bayat, son analyse de l'anti-impérialisme, et la concurrence entre la critique sociale de l'anti-impérialiste (marxiste-progressiste) VS la critique identitaire (religieuse, patriarcale et complotiste).

 

L’« anti-impérialisme » a traditionnellement une position normative, se référant à une lutte juste qui est menée par des forces progressistes souvent laïques pour libérer les peuples dominés du diktat du capitalisme mondial et de la domination impériale (économique, politique et culturelle). Ces forces veulent établir l’autonomie, la justice sociale et soutiennent les travailleurs et les sujets subalternes — les femmes, les minorités et les groupes marginalisés. On peut dire que les zapatistes du Chiapas mexicain et le mouvement altermondialiste représentent de telles luttes anti-impérialistes. Dans cette conception, la notion d’« empire » est différente du concept libéral pour lequel, selon Kenneth Pomeranz, « les dirigeants d’une société règnent directement ou indirectement sur au moins une autre société »2, avec des instruments différents de ceux qu’ils utilisent pour gouverner chez eux. Dans la conception libérale, comme chez l’historien de Harvard Niall Ferguson parlant des empires britannique et américain3, l’empire n’est pas si mauvais parce qu’il répand les valeurs libérales et les institutions de la démocratie à travers le monde.

La pensée anti-impérialiste, cependant, s’appuie sur une notion critique de gauche de l’empire, quelque chose qui se rapproche de ce que David Harvey considère comme un mélange de « restructurations néolibérales dans le monde entier et de la tentative néoconservatrice d’établir et de maintenir un ordre moral cohérent aussi bien dans le monde global que dans diverses situations nationales ». Dans cette interprétation, l’impérialisme résulte du besoin du capital de se débarrasser de son surplus, ce qui implique nécessairement l’expansion géographique. En d’autres termes, le capital a besoin de l’État pour ouvrir la voie à un contexte sûr et moins difficile pour son expansion outre-mer, ce qui implique non seulement une transformation économique, mais aussi une influence politique, idéologique et militaire. L’impérialisme d’aujourd’hui est tellement ancré dans la normativité néolibérale qu’il est difficile d’imaginer comment on peut prétendre défier l’empire tout en tenant le néolibéralisme pour acquis.

Pendant la période de la guerre froide, les groupes et les penseurs islamiques étaient souvent en concurrence avec leur principal rival idéologique, le marxisme, avec lequel ils partageaient des positions anticapitalistes, populistes et de justice sociale. Nous l’avons vu dans les idées socialistes de Mahmoud Taha au Soudan, l’anticapitalisme de Sayyid Qutb, la gauche islamique de Hassan Hanafi en Égypte, le marxisme économique d’Ali Shariati en Iran, ou la perspective distributionniste de Mohamed Bakr Al-Sadr en Irak. Ainsi, alors que l’islamisme des années 1980 et 1990 se caractérisait par une sorte de populisme de gauche, nous observons aujourd’hui une tendance au populisme néolibéral parmi les islamistes et les post-islamistes — par exemple, dans la pensée de figures comme Mahmoud Ahmadinejad en Iran, Kheirat Al-Shater, dirigeant des Frères musulmans égyptiens, Recep Tayyip Erdoğan en Turquie, ou les « salafistes Costa »4 qui ne s’intéressent ni à la redistribution ni à la protection sociale, mais à la « prospérité » par l’entrepreneuriat individuel. Cela représente un changement significatif vers ce que l’on pourrait appeler le « néo-islamisme » de notre époque néolibérale.

 

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