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Donner l'envie – Pour une théorie de l'exemplarité

Publié le par Scapildalou

« Plus l'homme, plus l'humanité sont régis par l'individu, plus le Je s'enfonce dans l'irréel. A de telles époques, la personne mène dans l'homme et dans l'humanité une existence souterraine et cachée, et en quelque sorte illégitime – jusqu'à l'heure où elle est appelée au jour. »

Je ne voudrai par que le texte nommé le devoir d'exemplarité publié précédemment passe inaperçu, noyé dans le reste des posts de ce blog. Il constitue une pièce maîtresse de mon analyse puisqu'il s'agit du ou d'un des rares textes qui s'y trouve et qui est proprement programmatique.

Ce que je nommerai la « théorie de l'exemplarité » est notamment inspiré de la nécessité de faire du renoncement explicité par Dejours (2011, Pp84-86) pour développer les collectifs de travail mais aussi par le questionnement des leaders (en anglais dans le texte, je vous laisse chercher la traduction de ce terme en allemand...) du FN. Ces derniers ont soutenu (et non développé, il ne sont pas assez intelligent pour ça !) une théorie qui se rapproche étrangement du développement endogène prôné par certains penseurs africains.

 

Ces théories et approches soutiennent que le développement du tiers monde devrait provenir du tiers monde. Dit par des chercheurs africains, ça peut encore se comprendre [dans la suite de cet article, les théories du développement local désigneront par raccourci les théories frontistes seulement]. Dit par les dirigeants du FN dans les bureaux desquels il y a encore 20 ans trônaient des affiches « un noir chrétien, certes, mais ça reste un noir », la nécessité du développement local endogène questionne. En fait, le FN et la droite (et maintenant même certains se revendiquant de gauche) soutiennent qu'arrêter l'immigration passerait par le développement des régions arriérés économiquement au point que les populations prennent la route de l'exil pour venir nourrir le flot d'immigré servant de cible aux matraques de la police locale et des milices d'extrême droite désireuse de faire le coup de poing pour se détendre.

 

En fait, ces théories s'inscrivent dans un développement moderne du colonialisme. Et derrière une bien-pensance pseudo-charitable, c'est bien une haine de l'étranger qui se manifeste.

 

 

1-Arriération économique

Premièrement, il n'y a pas d'arriération économique pré-existante. L'arriération économique est toujours comparaison sociale et jugement, elle est aussi constat d'inégalité et enfin, concernant l'afrique, cette arriération là où elle existe n'est pas un donné de l'histoire mais une inégalité en train de se construire.

 

Le documentaire ci-dessous, La planète lait diffusé il y a peu sur Arte montre bien comment, par exemple, l'europe tire puissance de sa force politique et économique pour écouler sur le marché africain ses produits. L'impacte sur les économies est catastrophique, non parce qu'elles ne disposent pas des outils industriels et des savoirs-faire, mais parce que les groupes industriels européens ne laissent aucune chance aux producteurs locaux. Poussés par la misère puisque l'industrie s'effondre, poussé à l'ennui et à la pauvreté, à la débrouille alors qu'ils possèdent des capacités inexploités, les élites tentent leur chance.

 

https://www.youtube.com/watch?v=ueFIdDpoBh0

 

En d'autre termes, c'est l'impérialisme occidental qui pousse à l'exile des populations entières. L’émigration est créée par une domination violente et rendue aveugle au sein même de l'europe puisque l'afrique ne nous est globalement diffusé qu'au filtre de l'émigration et de ses drames méditerranéens (une majeur partie de la population n'ayant même comme synonyme d'africain que le mot délinquance...)

2-Des pays merdiques

Lorsque Trump parle de « pays merdiques », on trouve encore des personnes capables de le soutenir le plus sérieusement du monde en affirmant que les dictateurs africains ne font rien pour que l'on parle autrement des pays qu'ils administrent – pillent en fait. Mais les richesses ne sont jamais extraites seulement et simplement par des dictateurs locaux. Si cela peut-être jugé vrai de certaines ressources comme le bois par exemple, il s'agit d'exemples épisodiques. Dans toutes les zones peu développées mais regorgeant pourtant de richesses, ce sont bien de grands trust qui se trouvent en bout de chaîne, défendant leurs intérêts en arrosant ces mêmes dictateurs.

 

La violence politique n'est jamais culturelle, elle est toujours le résultat d'une domination économique. Imagine-t-on le FN demander à Total ou Areva de cesser l'exploitation locale en afrique afin de permettre un développement local ?

 

Le film Nous venons en amis de Hubert Sauper, le réalisateur du Cauchemar de Darwin et que vous pouvez consulter en entier ci-dessous (vous n'avez pas d'excuses si vous ne le faites pas !), montre bien comment d'instable une situation locale peut devenir totalement merdique avec la bénédiction (au propre comme au figuré !) des évangélistes, des grands trusts militaires, des acteurs aux dents blanchies d'hollywood, et le soutien logistique de l'ONU.

 

https://www.youtube.com/watch?v=JiggZA2o_Ws

 

Il n'y a pas de pays merdique par essence. Mais tout pays peut le devenir si l'on en trouve (de l'essence...)

3-Le devoir éthique

Il n'y a du point de vue éthique aucune raison de ne pas recevoir sous son toit une autre personne. L'éthique, l'ouverture sur l'inconnue, ne souffre d'aucune exception, lorsque l'on se pose la question : suis-je dans le respect d'autrui si je fais ce que je fais ?

S'il n'est pas question de mener des vies bonnes et justes au quotidien, ce qui serait un vœux irénique (et qui est au fond ce qui est sous-tendu par le FN : si vous faites comme on dit, on vivra tous bien!)

 

Par définition, la vie collective est une vie problématique, non pas au sens de « t'as un problème ?! » mais au sens de « problème mathématique ». La vie collective pousse en fait à se poser la question de résoudre des « équations à plusieurs inconnues » afin de trouver des réponses s'approchant de ce qui nous semble le plus juste tous ensemble au moment où l'on parle, en fonction des informations dont nous disposons.

 

C'est par les discutions de ces problèmes, le débat public, dans l'espace public, que peut se développer des ensembles collectifs marqués par des différences, des tensions, mais surtout un sentiment de pouvoir faire appel à autrui « en dépit de tout », c'est-à-dire la confiance en la personne que l'on côtoie, lorsque l'on se trouve dans le soucis. La santé n'est jamais physique, elle est toujours sociale. C'est par dessus que se greffe les questions de santé physique.

 

Le débat, la confrontation, l'opposition, le non-jugement et la construction de solution et règles temporaires mais faisant grès « en attendant » sont la nécessité pour le bien-être d'une collectivité. Or il n'y a de bien-être sans savoir :

1-ce qu'il en est ailleurs

2-les externalités produites par notre mode de vie (ici nous vivons plutôt bien comparé aux somaliens dont les côtes sont polluées par nos produits chimiques : peut-on encore vivre pareil après avoir vu les ravages produits par cette pollution?)

3-notre éthique comparée aux autres éthiques (ou à l'absence d'éthique ailleurs)

4-comment travailler pour que partant de l'idéal éthique, on puisse mettre en place des solutions collectives pour l'atteindre au plus près, sans oublier de faire évoluer cet idéal éthique.

 

 

4-Le devoir d'exemplarité

En ce cas, le bien-être n'est qu'une cible de la collectivité dans laquelle nous nous inscrivons, dans cet ici et maintenant contingenté par les histoires nationales. Ces histoires ne seront aps sans évoluées, quand bien même les états nations font comme si les nations étaient éternelles et intangibles. Des pays, il n'y a en dernier ressort que des frontières performatives certes mais il s'agit de lignes humainement et subjectivement délimités, donc susceptibles d'évoluer pour que se fonde des entités nouvelles. Au sein de ces entités (appelons-les pays en attendant mieux...) au sein de ces pays, pour l'instant, que peuvent se penser ces questions collectives du bien-être.

 

Et la fin de ces dispositifs ne peuvent jamais être de devenir meilleurs que l'autre et de le convertir. Il s'agit de toujours faire mieux pour dépasser les limites créant de l'incertitude. Néanmoins l'éthique, la confrontation à l'autre, me semble être consubstantiel, je l'ai dit, de l'accueil. Et cet accueil ne peut-être conditionné : il est inconditionnel. Et parce que cet accueil dénué d'intérêt favorise l'insertion, il peut servir à l'extension au monde de l'éthique, afin que la communauté humaine puisse entièrement bénéficier d'une répartition des richesses et de la nécessaire place au débat sans lequel l'humain ne serait se dire émancipé.

 

En d'autre termes, la lutte contre le terrorisme, contre la pauvreté, contre les dictature, etc. ne se déroulent pas ailleurs, elles se déroulent ici, maintenant, et ne seraient passer par la mise en coupe réglée des intérêts des trusts par exemple...

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