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Pinzòn y Colòn, maricon...

Publié le par Scapildalou

Cet article prend source dans une question très simple : qui sont les frères Pinzòn ? Vous allez me dire, « qui » ? Les frères Pinzòn j'ai dit !

 

Voilà, Colomb, il signore Colòn, Cristobal de son prénom, celui qui a donné naissance au rôle de Depardieu dans 1492, a effectué son premier voyage avec plusieurs membres de la famille Pinzòn. Le premier d'entre eux était Martin Alonzo Pinzòn. Il était marin. Il y avait aussi son frère Vicente Yanez Pinzòn, autrefois accusé d'actes de piraterie au large de la catalogne. De piraterie ? Bah... Colomb aussi après tout...

 

Et ouai. Du coup trois des frères Pinzòn plus un autre membre de la famille étaient du premier voyage de Colomb vers les indes, enfin les amériques. Alors, pourquoi se centrer sur eux et pas sur d'autres membres de l'équipée ? Et bien parce qu'un moment je me suis demandé comme beaucoup s'il n'y avait pas eu des cocos qui avaient posé le pieds de l'autre côté de l'atlantique avant Colomb, en prenant un chemin à peu prêt similaire.

 

Il y à la légende de ce pilote (« dit le pilote inconnu ») qui se serait échoué sur une plage des Madère pas loin de la maison de Colomb qui résidait alors dans l'archipel (il était marié à la fille d'un des découvreurs d'une des îles de Madère). Colomb l'aurait recueilli et, le naufragé fatigué, avant de passer l'arme à gauche, aurait dit à Cristobal qu'il y avait des terres de l'autre côté, là bas, vers l'ouest.

 

C'est beau, hein ? Bah je dis, des nèfles. C'est pas beau, c'est trop beau. L'analyste de récit qui réside en moi ne peut s'empêcher de dire, « ça tombe tellement bien, que ça tombe trop bien ». D'ailleurs si ce récit a perduré, Las Casas et ses compères en faisant des tonnes en supputations sur la probable identité du pilote, c'est bien que c'était un beau récit.

 

C'est oublier que Colomb avait une certaine propension à l'exagération et au mensonge. Il ne savait pas bien raconter des histoires mais la vache, il ne s'en privait pourtant pas ! Il raconta ainsi que c'est lui qui le premier avait vu la terre de l'autre côté de l'atlantique - le marin Rodrigo de Triana qui l'avait vu en premier fut tellement outré de se voir voler la vedette d'une part et la prime immense qui allait de pair d'autre part, qu'il se serait ensuite converti à l'islam pour se venger, quoiqu'il ait continué à naviguer sous pavillon catholique plus tard puisqu'il fait partie d'un équipage qui a découvert les Moluques en 1525.

 

Il raconte être allé à Thulé, mais peu de personnes en sont désormais certaines. Et si on regarde, son histoire est parsemée de mensonges et d'histoires incroyables que lui-même devait finir par croire, à la fin.

 

Que cacherait cette histoire de marin échoué aux Madère ? (on a vu dans d'autres articles postés précédemment, que les récits ont une fonction masquante)

 

Et bien sachez une chose : Martin Alonzo Pinzòn a navigué à bord d'un navire Dieppois commandé par Jean Cousin. Ce navire aurait dérivé vers l'amérique et abordé de l'autre côté de l'océan sur des terres inconnues, en 1488. Martin Alonzo Pinzòn aurait ainsi pu communiquer sa découverte gardée secrète par les Dieppois à Colomb. Plusieurs raisons auraient poussé les marins normand à ne pas déclarer leur découverte (le secret aurait été de rigueur) d'où, probablement, la discrétion de Pinzòn et les bobards du Gênois. Mais là encore, l'histoire paraît un peu trop belle, et surtout, elle est sortie dans les années 1850 et servait davantage le nationalisme franchouillard qu'une quelconque élucidation de faits historiques. Ce qui est certain, c'est que Martin Pinzòn à navigué avec Cousin, et qu'en plus ça ne s'est pas très bien passé, l'espagnol étant un chouilla séditieux.

 

Il ne changera pas, n'oublions pas sa désertion temporaire lors du premier voyage avec Colomb.

 

Ceci dit, en 1488 au moment où il voyageait avec Cousin, el señor Pinzòn avait déjà été sur les traces d'îles de l'autre côté de l'atlantique. Je dis bien d'îles...

 

Les frères Pinzòn, c'est sûr, s'étaient rendu au vatican et avaient pu consulter des cartes, dont celle de Toscanelli – alors que Colomb lui n'en aurait vu que des copies, son frère Bartolomeo étant cartographe. Ce frère d'ailleurs croyait si fort à l’expédition de Cristophe, qu'il s'est rendu à la coure de plusieurs monarques européens pour essayer de les convaincre. L'histoire du pilote inconnu viendrait de là, que ce ne serait pas étonnant non plus. Mais n'allons pas trop vite, comme disait l'autre...

 

Martin Pinzòn a certainement pris part à une expédition lancée par le roi du Portugal en coopération avec celui du Danemark visant à atteindre les indes en passant par le Groenland. Ce fut un échec (même si le capitaine João Vaz Corte-Real aurait poussé jusqu'à terre neuve) mais Colomb était sur le chemin du retour de cette expédition (il était en irlande, il n'est pas dit qu'il soit allé plus loin que Galway). Il n'est pas impossible qu'il ait croisé ces explorateurs, ce qui est certain, c'est qu'il connaissait cette mission. Certains disent même qu'il en aurait fait partie mais je peine à le croire. Que foutait Colomb au nord de l'europe alors ? C'est d'ailleurs de cette question que certains tirent la supposition qu'il faisait partie de l'expédition de Corte-Real, mais aucune date ne concorde.

 

En tout cas, à Galway, l'évêque était l'ancien prieur de l'abbaye où les sagas des vikings racontant leurs exploits à terre-neuve justement, étaient retranscrits...

 

Colomb s'en va ensuite dans l'atlantique sud, là où les frères Pinzòn sévissaient (aussi). L'atlantique sud était propriété des Portugais, et c'est avec du vice que les espagnols s'étaient installés à Madère. Bref, pour commercer avec l'afrique, il fallait faire de la contrebande. Ça tombe bien, les Pinzòn avaient eux-aussi, on l'a dit, le vice rivé au mat d’artimon, et s'étaient illustré par des actes de piraterie.

 

Alors, autant le dire de suite, la différence entre marchand, marin et pirate n'étaient pas évidente et les frontière entre chaque activité, plutôt poreuses. Colomb était marchand plus que marin confirmé, mais lui (et/ou une partie de sa famille) après avoir sévit en méditerranée furent obligés de changer d'air une fois que les vénitiens (ainsi que les catalans et/ou les alliés des catalano-aragonais) mirent sa tête à prix pour piraterie – suite notamment à une action à Chypre, où une flotte corsaire financée par le duc de Milan à laquelle il appartenait, firent la nique à une flotte vénitienne, dans le but de rétablir sur le trône de l'île la famille de Lusignan, contre les visée des vénitiens justement qui avaient installé un autre souverain.

 

Les Pinzòn, probablement pour les mêmes raisons, furent obligés de quitter la mer méditerranée pour l'océan. D'ailleurs, si les Dieppois gardèrent un quelconque silence sur quoique ce soit de ce qui s'était passé alors que Pinzòn pilotait le navire de Jean Cousin, c'est peut-être plus du fait qu'ils effectuaient aussi de la contrebande sous le nez des portugais, que parce qu'ils avaient trouvé une île sur l'océan. Ah, dernière chose, les frères Pinzòn venaient du port de Palos. C'est le port d'où partie la première expédition de Colomb car... les Pinzòn semblaient avoir trouvé en Colomb la possibilité de faire un voyage qu'ils savaient possible, mais aussi parce que le port devait fournir des équipages pour payer sa dette... suite à des actes de piraterie commis par plusieurs de ses marins...

 

 

Reprenons les choses une par une :

 

1-oublions les débats sur la terre est ronde pas ronde. Ça, à l'époque, c'est déjà acquis, la terre est ronde. Ce qui n'est pas encore acquis, ce sont les conséquences qui en découlent même si au fond, les voyages des portugais dans l’hémisphère sud commencent à lever un brin du voile

2-on cherche à l'époque à atteindre les indes par l'ouest. Les portugais et les Dannois s'y sont déjà tenté via le groenland. Sans succès visiblement, mais il n'empêche, que les capitaines seront grassement récompensés suite à ces tentatives

3-le roi du portugal a financé des tentative de franchir l'océan en ligne droite, en prenant notamment pour base de départ les Açores. Vous auriez fait quoi vous à la place du roi du portugal, pensant que la mer n'était pas sans fin vers l'ouest, et que vous avez en votre possession des îles en plein océan ? Et bien vous auriez fait la même chose, mais les expéditions ont échoué, voire ont disparu

4-les meilleurs cartographes de l'époque placent des îles en plein milieu de cet océan. Et il ne s'agit pas seulement des Açores, ils pensent que d'autres îles existent.

5-on sait que des terres continuent celles du Groenland

 

ça en fait des choses. Bref, ce n'est pas évident que des marins aient posé le pieds sur une autre île avant Colomb.

 

Mais, (car c'est ici qu'arrive le 'mais'), un élément en particulier me trouble. Lors de la première traversée, on s'en doute, la tension entre Martin Pinzòn et Colomb est déjà palpable : le premier est nerveux et tendanciellement séditieux, quoique bon marin ; le second est dans la lune, quasi-mythomane, et marin médiocre – mais il commande... Bref, au cours de la traversée, Pinzòn qui se doute ou sait que Colomb tient une double comptabilité quant à la distance parcourue (ce qui montre que Colomb a la quasi-certitude d'arriver quelque part, mais pas celle d'arriver vite... ce qui ne doit pas être sans inquiéter Pinzòn qui a toutefois dû monnayer contre le doute, une bonne part de responsabilité dans la possibilité de donner des ordres), va demander à Colomb à plusieurs reprises d'infléchir sa route vers le sud. Une première fois, parce qu'il pense avoir vu une île. Mais Pinzòn se ravise et la flotte revient sur son cap initial. Plus tard durant la traversée, rebelote : Pinzòn insiste de nouveau pour que la flotte infléchisse sa route vers le sud. Et là : bingo ! La flotte découvre l'île qui verra en premier les européens s'accrocher comme des morpions au continent américain.

 

Ce qui me questionne, c'est cette volonté de Pinzòn de vouloir faire route au sud pour trouver des îles. Pinzòn sait trouver des îles, mais plus au sud – visiblement. Ce qui selon moi accrédite la thèse que Pinzòn savait à peu prêt quelque chose quant à l'existence de terres outre atlantique, sans être certain pour autant de leur localisation exacte. Voir même, peut-être avait-il une idée plus précise de « l'itinéraire idéal » pour arriver quelque part (une terre qu'il savait existante, sans savoir comment y aller exactement), contrairement à Colomb qui semblait avoir un « itinéraire théorique » (en tenant compte de ce qu'il savait des vents et courants) pour arriver aux indes.

 

Vu le pognon et les efforts mis dans la balance par le roi du portugal qui, finalement s'est replié sur l'itinéraire du cap de bonne-espérance pour arriver aux indes, la probabilité d'arriver aux indes par l'Ouest n'est jugée pas négligeable à l'époque. Le problème est surtout politique et se résume en deux questions :

1-mon royaume a-t-il les moyens de tenir une place parmi les puissances atlantiques ?

2-mon royaume a-t-il les moyens financiers de réaliser une expédition vers l'ouest ?

Pour différentes raisons, seul le Portugal, le Danemark et l'Espagne ont à un moment ou un autre répondu 'oui' avant que Colomb ne trouve une terre.

 

Mais au niveau de la petite histoire, celle qui souvent intéresse le plus, Pinzòn ou Colomb savaient-ils qu'existaient une terre outre atlantique ?

Je répondrait que, à mon avis, Pinzòn savait à peu prêt à quoi s'attendre et où s'y attendre, tandis que Colomb n'avait qu'une appréhension théorique de l'existence de terres au-delà de l'océan.

 

Bon, d'un autre côté, je ne suis pas historien, même si de par mon métier je fais un peu la même chose qu'un archéologue:j'étudie des traces. Mais tout de même, je déplore que n'existe pas en français une littérature accrue sur les frères Pinzòn.

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