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La sérendipité comme défaite intellectuelle

Publié le par Scapildalou

Churchill disait « la chance, je n'y crois pas ; mais plus je travaille, et plus j'en ai ».

Une opposition somme toute ignorée dans la production des sciences et du savoir est celle entre la possibilité d'envisager le causalisme dans une complexité finie (1) et la possibilité de laisser des zones d'ombres dans les explications (2), surtout si ces zones servent à la production du savoir. Dans ce dernier cas, on peut dire que la science n'est pas tant intéressante par les réponses qu'elle apporte mais par les questions qu'elle pose.

 

Or un concept clé et à mon avis amené à finir à la poubelle de l'histoire, espérons le plus vite possible, est le concept de sérendipité. Il consiste à essayer de fournir au hasard une place qui semblerait lui revenir dans la production de savoir. Wikipidia introduit ainsi son article sur la sérendipité : « La sérendipité est le fait de réaliser une découverte scientifique ou une invention technique de façon inattendue à la suite d'un concours de circonstances fortuit et très souvent dans le cadre d'une recherche concernant un autre sujet. La sérendipité est le fait de « trouver autre chose que ce que l'on cherchait », comme Christophe Colomb cherchant la route de l'Ouest vers les Indes, et découvrant un continent inconnu des Européens. Selon la définition de Sylvie Catellin, c'est « l'art de prêter attention à ce qui surprend et d'en imaginer une interprétation pertinente ».

 

Cette dernière citation porte en elle-même une contradiction soulignée par l'aphorisme de Churchill cité plus haut. Dans la découverte, point de hasard, mais un 'art'. Du travail donc.

 

1-la possibilité d'envisager le causalisme dans une complexité finie

L'approche des sciences en terme de complexité (issue des sciences allemandes de l'entre deux guerre et de leur rencontre avec les sciences américaines dans les années 1930 donnant naissance à la systémique), quoiqu'elle ne soit pas généralisée, offre une perspective rafraîchissante face aux réductionnismes. La psychologie par exemple est frappée par ces réductionnismes ; or la complexité permet de faire discuter des disciplines et de les faire perdurer en se régénérant.

Néanmoins la pensée juridique de la responsabilité (à travers les arbres des causes par exemple) constitue un retour d'un certain réductionnismes à de simples articulations de phénomènes de cause à effet.

 

On retrouve alors des analyses en termes de complexité finie. Par conséquent, exit les itérations, le temps, la maturation et la question du regard.

 

2-laisser des zones d'ombres dans les explications

Au final, la capacité de discerner une création ou une nouveauté dépend du travail et de la disposition du chercheur à tester ses propres grilles de lecture des faits. Il s'agit de voir au-delà de ce que l'on n'est habitué à voir, de s'ouvrir à de nouveaux horizons.

La sérendipité est en fait un cache sexe à la question de l'éthique dans les sciences, c'est-à-dire à la possibilité de s'ouvrir à l'inconnu, de se laisser envelopper par lui avant de réduire ce réel à une nouvelle grille de lecture.

 

L'exemple de Colomb est à ce titre une bonne illustration de l'inéfficience de ce concept de sérendipité. Colomb savait très bien où il allait. 'Très' est peut-être exagéré mais l'existence de terres outre atlantique était plus que présumée.

Colomb connais l'existence de terres au nord au-delà du Groenland (il me semble avoir vu quelque part qu'il avait croisé un de ces navires qui chaque année était affrété par le pape pour se rendre à l'évêché qui a existé jusque dans les années 1530). Il est allé presque jusqu'en Islande, il avait connaissance des récits des traversées outre atlantique. En 1472 une expédition portugaise aurait ainsi atteint terre-neuve en souhaitant reconnaître les routes empruntées par les normands. Puis là-dessus, se greffe la possible découverte de l'amazone par le Dieppois Jean Cousin qui navigait avec les Frères Pinzon.

 

Quoiqu'il en soit, Colomb apprend au cours d'une escale aux Canaries que des terres outre-atlantiques existent. Bien évidemment le conditionnel est de mise, Colomb ne savait pas, mais il avait un doute. De plus, le manque manifeste d'analyse du bonhomme, sa faible capacité d'imagination au-delà des choses de la magie (Colomb est mort en étant persuadé qu'il était arrivé non loin de la chine) me pousse à croire que le marin avait des doutes, mais le doute laisse penser l'existence d'un dialogue : terre/non-terre outre atlantique ?

 

La découverte de l'amérique n'est alors de la sérendipité que pour l'homme du XXIème siècle qui cherche à illustrer une théorie de la sérendipité. Et on parle alors de surcroît de découverte alors d'un point de vue européen.

 

Bref, il n'y a pas de hasard, mais une capacité à appréhender de l'incompris et du réel, un travail sur soi et sur les grilles de lecture de la réalité. La sérendipité est donc le concept des faibles de pensée qui refusent de voir le travail de découverte comme un travail éthique. La sérendipité peut-être décrit comme la « dépolitisation » de la recherche et de l'implication du chercheur.

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