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Pour une psychologie de la vérité

Publié le par Scapildalou

Ce n'est pas tout de revendiquer un mouvement de démystification de la psychologie - au sens littéral, de rupture de la psychologie avec le mythe scientiste et expérimentaliste auquel elle adhère sans retenue ; il faut ensuite proposer clairement ce sur quoi pourrait porter la psychologie.

 

J'avais il y a peu une discussion avec un une personne détenteur d'une thèse et qui se croit (surtout) pour cette raison (mais aussi pour d'autres qu'il ne convient pas ici d'exposer – cf. l'édito n°1) en mesure de porter un jugement sur toutes les sciences et y compris sur celle que je pratique au quotidien, la psychologie sociale de l'activité (ou psychologie sociale clinique).

 

Cette personne, donc, affirmait que je tombais dans l'écueil des sciences qui cherchent à se justifier d'être sciences, en portant le débat sur la question du statut de la vérité.

 

Comme tant d'autre cette personne aurait mieux fait de se taire. Être informaticien n'inclue pas d'être capable de tout savoir. Je vais exposer ici mon point de vue que cette personne n'était pas en mesure d'écouter. Le jour où être militant sera synonyme de savoir écouter, ce jour là, je fermerai mon blog. En attendant, j'écris.

 

 

1-Quelles limites entre philosophie et psychologie ?

 

Je me rappelle avoir jeté un œil dans un dictionnaire de l'année 1936 ; à la définition du mot « psychologie », il était proposé « branche de la philosophie qui traite des humeurs, etc. »

Une branche de la philosophie.

 

Wittgenstein, que je cite à tout va dans ce blog, dans son œuvre, fait attention à délimiter continuellement les missions qu'il pense relever de la philosophie et celles de la psychologie. Pour lui, la psychologie était une discipline qui ne devait justement traiter que des humeurs et surtout de ce qu'il se passe au niveau neurologique. N'oublions pas qu'à cette époque, la psychologie était déjà centrée sur des objets de recherches qui parcellisait l'homme, réduisait « sa nature » à des réponse, à des stimuli nerveux ; ou alors elle se centrait sur des questions « neurologiques ». D'ailleurs, Freud, que Wittgenstein avait attentivement lu (Bouveresse consacre un ouvrage aux lectures de Freud par cet autre ressortissant d'origine Autrichienne), n'avait-il pas commencé ses recherches sur l'hystérie par une approche neurologique et même étudié une maladie des nerfs, « la nevrose » ?

 

Freud s'est très vite écarté de ces recherches simplistes pour orienter la psychologie vers une science de la parole et du symbolique, comme le faisaient Kardiner, Mead, Cassirer et Weber, pour ne citer qu'eux, dans leurs disciplines respectives.

 

Pourtant il y a quelques mois, je discutait avec un doctorant en sciences du langage qui plaçait Wittgenstein dans la catégorie des réflexions psychologiques.

 

Bref, la limite entre philosophie et psychologie n'est pas simple, elle est fluctuante et, au fond, de nos jours, si la psychologie redevenait clairement une branche de la philosophie, franchement, ce ne pourrait être pire que le tournant qu'elle a pris ces dernières années.

 

2-La psychologie peut-elle être une philosophie pratique ?

 

2.1-Une science erronée

 

Peut-on sincèrement dire que la psychologie est une science empirique ? Au fond, la psychologie sociale par exemple, teste ses hypothèses principalement par l'étude d'une population d'étudiants en licence de psychologie et ce, depuis plusieurs dizaines d'années. Sans compter les nombreux scandales qui ont émergé autour de recherches falsifiées ou du plagiat en psychologie sociale et les scandales qui mériteraient d'exploser, il est possible d'affirmer qu'une bonne partie du corpus de psychologie sociale est caduque. Les réflexions sont caduques. Les résultats le sont encore plus.

 

Je me rappelle par exemple d'une recherche effectuée à Toulouse II sous la direction de ce charlatan qu'est Denis Hilton (ce n'est pas une insulte contre lui : ses collègues de son laboratoire sont aussi des charlatans, et sont parfois encore moins cultivés et distingués que lui...)

La recherche consistait à choisir sur un ordinateur des produits dans un magasin, comme si l'on avait à faire ses courses. Plusieurs informations étaient présentées mais là n'est pas l'essentiel. La fin de la recherche se finissait par un questionnaire, notamment sur les préférences politiques. Plusieurs listes de personnes politiques étaient présentées, et l'on devait dire desquelles on se sentait les plus proches.

 

Étaient présents différents groupuscules d'extrême droite (dont la ligue du sud, les identitaires, etc.), le parti de christine boutin, etc.

 

N'étaient pas présent Lutte Ouvrière, le Parti Communiste et le NPA – ni le POI, présent depuis longtemps aux élections présidentielles contrairement aux nombreuses listes d'ultra droite qui étaient proposées. Je l'ai fait remarqué à la personne qui faisait passer la recherche ; elle m'a répondu « oui, il y a peut-être eu des oublis ». Et pourquoi pas un sabotage, tant qu'on y est ? Outre l'ignorance crasse, cet anecdote reflète aussi la positions extrême droitière du monde universitaire.

Les exemples sont légions.

 

2.2-Appuis pour une pratique

 

a-la vérité et le vrai

Au contraire de ces chercheurs qui pour la plupart n'ont pas le titre de psychologue, j'exerce pour ma part en tant que praticien. J'exerce et le « matériel » sur lequel je travaille n'est pas multiple. Il consiste surtout en la parole livrée dans différentes situations : en entretiens ou en situation – plus rarement par écrit.

Le retrait (le silence), certaines attitudes, les regards ne prennent sens et servent à habiller un contexte seulement s'ils sont rapportés aux discours fournis par les membres d'une organisation, elle-même membre d'une institution.

 

Que livrent les sujets auprès desquels j'exerce ? Ils livrent un discours. Ce discours ne reflète pas une vérité. De toute façon, le mensonge est aussi intéressant (de même que ce que les expérimentalistes nomment les « variables parasites ») que ce qui se veut être vérité.

 

Il faut à cet instant différencier la vérité du vrai. La vérité est au vrai ce que le réel est à la réalité. La vérité est l'espace et le moment du sujet confronté à lui-même, à la façon dont il tente de se définir et de donner sens à sa vie. Il n'y a pas de vérité en dehors de ce moment. La recherche de la vérité est vaine, aussi vaine qu'une tentative de lemmatiser le langage humain. La vérité est celle d'une personne confronté aux conflits dans lesquelles elle s'insère et se sent insérée, ses doutes font aussi partis de sa vérité, de même que ses oublis, ses désirs inavoués et surtout sa soif insatiable.

 

Ce qui est vrai est ce qui est validé. Validé par moi, par le sujet, ce qui est validé ensemble, ce qui m’ôte du doute. En revanche le vrai n'est pas toujours vrai alors que la vérité du sujet est finalement intemporelle, du moins elle se veut l'être, puisque l'on vie pour advenir, tout le temps.

 

Par contre le vrai d'aujourd'hui ne le sera peut-être plus demain.

 

b-le discours et la réalité

Par conséquent je l'ai dit, un des seul matériaux de travail est le discours, le langage. Le discours n'est pas le langage ; il contient des éléments qui sont de l'autre de l'institution et du social tel qu'il est vécu par le sujet. À ce titre, si je veux comprendre un discours, les travaux de Wittgenstein me sont on ne peut plus utiles :

-à travers la question des « jeux de langage »

-à travers la question des règles d'utilisation des expressions

-à travers la méthodes de ce philosophe, champion dans l'art de « décoller » le verbe de son habit et de poser ensuite la question « une fois que cela est dit, que sais-je ? »

-...et de questionner les processus qui font correspondre à un jeu de langage des significations.

 

Wittgenstein n'est pas appris en psychologie.

 

De même, un certain nombre de « grilles d'analyse » et de réflexions sur le sujet engoncé dans le social ont été fournis par des philosophes, notamment ceux qui ont œuvré après la seconde guerre mondiale. La plupart d'entre eux avait pour question de départ ce qui faisait de l'homme un homme, comment naissent et évoluent des conventions, comment le discours les supporte, ce qu'est la réalité et la portée ontologique de la vérité. Toutes ces questions sont celles des hommes et femmes qui sont au cours de leur vie professionnelle ou non amenés à parler à un psychologue.

 

Toutes ces personnes sont dans la position d'oedipe qui aurait répondu à l'énigme de la sphinx, sauf qu' à leur tour la sphinx leur aurait répondu « mais cette réponse n'est pas la réalité ». Une personne en souffrance est d'une certaine manière une personne pour qui sa vérité n'est plus en phase avec la réalité. C'est là ce que l'on entend en général par questionnement identitaire : « au fond, je ne me sens pas exister ainsi, je ne me reconnaît plus dans ce que je fais » et alors c'est la question de la rencontre avec soi et avec autrui. Et là encore, les philosophes du siècles ne sont pas en reste : Lévinas, Martin Bubber pour ne citer qu'eux, ont sans cesse réfléchi à ce qu'est l'éthique.

 

Par exemple, Dejours se sert sans hésitations des réflexions d'Habermas (lui même ayant lu Wittgenstein) et d'Hannah Arendt pour étayer le concept d'activité déontiques. Ce qui implique d'être en phase avec ce que la vérité et la réalité sont.

 

Conclusion

 

Ce texte avait pour objectif de proposer un positionnement de la psychologie tant dans sa pratique universitaire que dans sa pratique de terrain. Ce positionnement, selon moi, est nécessairement proche des questions relatives au fondements subjectifs de la vérité, à la façon dont des espaces sociaux définissent la réalité, et comment des sujets s'y confrontent, s'y reconnaissent, s'y épanouissent, et comment, le cas échéant, faire en sorte que ces espaces ne deviennent pas (plus) des lieux de souffrance.

 

Les questions de ce qui compose la « vérité » ne sont pas superflues ni des débats vain à refaire le monde, ils sont la solutions des sciences confronté à une tentative systématique de les réduire à leur aspect technique.

 

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