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L'inscription (1-introduction et bases du problème)

Publié le par Scapildalou

1-Intérêt du texte

Voilà longtemps que je voulais rédiger un texte sur l'inscription. Traiter de l'inscription c'est traiter de plusieurs phénomènes épineux concernant les évolutions actuelles du lien social, de la société, et de l’humanité. C'est traiter à la fois du voile, du véganisme, du tatouage, de la désaffiliation des systèmes de relation directe pour un refuge vers les réseaux sociaux, de la diffusion du culturisme dans les salles de musculation, de l'attraction exercée par le djihadisme, etc. Bref, des phénomènes qui ne peuvent être qualifiés de marginaux.

 

L'inscription désigne, en surface, je veux dire si l'on évoque la part visible du processus, le fait de s'inscrire dans une forme de lien social, d'intégrer des normes et de montrer que nous les intégrons. Par exemple le supporter d'une équipe, en portant les couleurs de son équipe favorite, montre au monde son appartenance. La mode est un façon de montrer les normes d'appartenance et la faon de les intégrer (le rapport à la loi n'est évidemment pas équivalent pour un punk et pour une personne qui même en soirée considère nécessaire de porter la cravate – mais si ce sont là des exemples extrêmes, ils sont généralisables à tous les styles de mode).

 

La question de la mode n'est pas anecdotique ; le terme « mode » pouvant directement faire référence à celui de « modalité », modalité de quoi ? Et bien modalité d'intégration d'un style, de norme, bref, d'un discours.

L’inscription, au sens littérale, c'est le fait d'habiller son corps d'un discours, d'un texte, donc de le mettre dans des références sociales communes, si comme Haddad ou Legendre on considère la société comme un texte.

Elle se traduit par le fait d'inscrire sur le corps ou d'ans le corps les signes et symboles de ce texte.

 

2-La société comme texte

Mais qu'est-ce qui permet à ces auteurs et accessoirement à moi, depuis la création de ce blog, de pouvoir rédiger et tenir pour fondamental l’énoncé suivant « la société comme un texte ». Le mot « texte » vient du latin textus, qui provient lui-même de tixere (dont la traduction signifie « tisser » et qui a aussi donné tissus).

Le sens du mot « texte » est double. C'est à la fois des pièces de papiers « tissés » entre eux comme l'étaient les codex à la fin de l'antiquité, ces anciens ouvrages sur lesquels ont reposé la diffusion de la religion catholique. À ce titre, le mot « texte » renvoie à la fois au religieux (au sens déiste du terme) au religieux (au sens de religere c'est-à-dire de faire du lien) ; ce qui renvois donc à la loi en termes de légalité (ce qui fait loi) et à la loi en termes de mythologie (ce qui fait loi implicitement au sein d'une société, ce qui vient « habiller » les usages de la loi puisque comme toute règle, la loi ne porte pas ses modalités d'application, comme le soulignait Wittgenstein ; la loi nécessite un savoir-faire qu'elle ne contient pas, à savoir « savoir appliquer la loi).

On touche alors au second sens du mot texte entendu cette fois comme tissus (cf par exemple l'expression « un tissu de mensonge »). « Texte » renvoie ainsi à une conception du lien social en termes de nœuds, de fils qui se nouent en un tout pour former de la « complexité » (complexité étant au sens littéral « les fils imbriqués les un dans les autres », plexus étant Empr. au lat. de basse époque plexus «entrelacement», dér. de plectere «tresser» - métaphore chère à Edgar Morin) http://www.cnrtl.fr/etymologie/plexus

Le texte est donc un assemblage de nœuds, de fils, à entendre au sens de « qui tire les ficelles ».

En résumé, pourquoi définir la société comme un texte ? Parce que le texte renvoie à travers l'étymologie à plusieurs éléments fondamentaux d'une communauté :

-la loi

-la façon d'appliquer la loi

-la mythologie (dont le sacré)

-la transcendance

 

C'est de ces textes que vont découler « les rôles » de tout un chacun, les lois, les places au sein d'une société, les justifications, bref tout un tas de discours.

Le texte renvoie donc au discours, au langage et aux jeux de langage, mais aussi au savoir.

 

3-L'antériorité

Nous l'avons dit dans le présent texte et évoqué un certain nombre de fois sur ce blog, la question du savoir et de la transcendance renvoient au passé, à la question d'où je suis ? » Ou « d'où je viens ? » et partant à celle de la filiation.

Il y a un « avant soi » : la société existait avant que j'arrive. Ce qui existait avant créé une contingence : de même qu'un mouvement aux échecs créé une contingence sur la façon dont le jeu va se dérouler après ce mouvement, ce mouvement étant lui-même compréhensible et possible en fonction des mouvements précédents).

 

L'antériorité est fondamentale car, malgré le discours du « self made man », la question de savoir ce qui a précédé, y compris dans le questionnement identitaire, demeure, et demeurera toujours. Je suis en fonction de ce qu'il y a eu avant, le passé a une fonction identitaire. L'identité renvoie a une double énigme : id-entité = même chose ; reste à savoir ce qu'est la chose et surtout à partir de quel moment cette chose est la même. Comment définir une correspondance ?

En étant la même personne, physiquement, suis-je toujours le même homme qu'avant ? Et ce dans quoi je me retrouve, ce à quoi je m'identifie, est-ce toujours la même chose ? Comment tout pourrait avoir changé alors que moi je serai le même ? Et inversement...

 

 

4-L'intériorité

La réponse réside en partie en l'intériorité.

L'intériorité, se considérer comme ayant des organes au sein de la limite que constitue la peau, avec toute la vie hormonale, organique, etc. que cela implique, n'est pas donné. On apprend que l'on a un dedans du corps.

Le fait d'avoir un corps n'est pas moins questionnant. Nous n'avons pas seulement un corps, nous apprenons à l'habiter. Nous habitons ainsi non pas un corps mais sa représentation. Et cette représentation, comme toute représentation, est sociale.

Le corps devient donc un élément essentiel de l'identité, plus peut-être que les idées. Il devient un élément essentiel à partir du moment où le petit d'homme apprend à se reconnaître dans ce corps, et ce corps dans un miroir.

 

Le corps répond à des problématiques sociales et identitaires, il en est aussi le support. Ces problématiques sont elles-mêmes inscrites dans une histoire, histoire qui est un discours, un support de la loi.

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