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Les places qu'il vaut mieux éviter d'occuper : épisode 1) être enfant d'ouvrier à l'université

Publié le par Scapildalou

Les places qu'il vaut mieux éviter d'occuper : épisode 1) être enfant d'ouvrier à l'université

Actuellement, les inégalités scolaires provoquent une sous-représentation des enfants d'ouvriers parmi les étudiant à l'université – et encore se groupent-ils dans certaines filières.

Lorsqu'ils sont en fac de sciences humaines ils peuvent arriver en master-1 mais dépassent rarement ce stade. Évacuons tout de suite en guise d'explication une intelligence moindre.

Le problème de ces enfants d'ouvriers est la représentation qu'ils ont de l'université. Ils se l'imaginent comme un espace d'intelligence, d'émancipation, d'apprentissage. Ils en ont une vision positive, les malheureux ; ils pensent qu'ici on leur demandera d'être intelligent, de réfléchir, de penser par eux-même, d'être inventifs, etc.

Or il n'en n'est rien. Tout au long de leur parcours, ils seront confrontés au mépris, à un manque de reconnaissance ; ils auront à réaliser des exercices pratiques ne mettant pas en œuvre leur capacités créatrices. Lorsqu'ils voudront montrer qu'ils peuvent faire preuve de différence, on leur demandera pour qui ils se prennent. Et ceux qui leur demanderont ça seront des gens qui en revanche n'hésitent pas à user de bassesse, à s'engager dans des conflits de peu d'intérêts, à se parer de suffisance. Bref, exactement l'inverse de la représentation qui motivait l'enfant d'ouvrier à entrer à l'université.

Pire même, le master-1 nécessite la réalisation d'un mémoire, c'est-à-dire l'obligation d'une confrontation à l'écrit, exercice peu évident. Ce moment attendu comme la possibilité d'enfin faire preuve de sa singularité est en fait presque toujours un simple exercice ; et si un peu de subjectivité s'y glisse, ce sera presque toujours l'occasion d'un retour négatif.

L'université ne demande pas de l'intelligence, elle demande de montrer que l'on sait faire des exercices ; elle demande de savoir faire preuve d'un mépris de soi. Mais cette capacité ne s'acquiert que si l'étudiant dispose des facultés pour supporter cette confrontation, la maîtrise d'un langage qui est le langage scolaire, langage que l'on n'apprend pas aux enfants d'ouvriers, puisqu'on leur apprend une bêtise de taille : on leur apprend qu'aller à l'université, c'est entrer dans un monde d'intelligence.

Ballotté, incapable de comprendre les incohérences de ce monde violent (alors qu'il le pensait des plus cohérent et des plus apaisés), l'enfant d'ouvrier n'arrivera jamais ou presque à réduire le décalage entre ses représentation initiales du monde universitaire et ce qu'ils voit effectivement, cet étudiant va s'enfermer dans une attitude contre-productive. Il va essayer de montrer qu'en tant que personne il vaut la peine, qu'il peut faire du travail où il montre qu'il est digne de ce monde (et en plus qu'il est éthique). Erreur fatale ! Se sentant méprisé, rabaissé, il quittera l'université par la petite porte, et personne ne lui dira que ce n'est pas parce qu'il est nul, mais parce que les autres l'étaient.

Bref, mieux vaut ne pas être enfant d'ouvrier à l'université.

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