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L'échec de la dissuasion ; quand les politiques laissent inconsciemment des terroristes tuer

Publié le par Scapildalou

L'échec de la dissuasion ; quand les politiques laissent inconsciemment des terroristes tuer

1-l'échec de la dissuasion

La politique de dissuasion est une politique habituelle – historiquement et usuellement. Elle consiste, grosso modo à dire « j'ai les moyens de répondre si tu me frappes ». Ainsi, la france dispose d'une force nucléaire dite « de dissuasion » afin de répondre à une attaque à l'arme atomique. Là où réside le comique, c'est que cette force de frappe est soit disant « indépendante » et en mesure de répondre à une agression de toute origine. On imagine Hollande menacer Obama « Attention, j'ai un sous-marin avec une demie douzaine de têtes nucléaire sous l'oreiller !!! ». Ridicule.

La dissuasion nucléaire n'est rien d'autre finalement qu'un symbole de puissance qui dissuade personne de quoique ce soit.

Là où la dissuasion pose problème c'est surtout lorsqu'elle devient une perspective judiciaire et policière. A chaque attaque terroriste, mais pas seulement, ce serait oublier que la présence policière et la mise en place en nombre dingue de caméras dans les villes, à chaque attaque donc mais à chaque fois que la mise en exergue de ce qui est nommé « insécurité » et qui tient davantage du sentiment et du fantasme que de la réalité est mis en avant, alors la réponse est la dissuasion à travers la mise en évidence sur la voie publique de tout ce qui est en mesure de porter une arme, un flingue ou une matraque. Ou alors est mis un substitut : une caméra, un détecteur, monté sur drones ou pas, etc.

Une autre solution est un « arsenal législatif » avec des peines toujours plus importantes, y compris pour des délits ou pseudo délits parfois peu importants.

Le raisonnement sous-tendue par cette logique est que la peur des « forces de l'ordre » pouvant réprimer au plus vite et au plus fort tout acte « délictueux » (éventuellement avant qu'il ait lieu) empêche le « criminel » de commettre son crime.

Quel est le bilan au final de la dissuasion.

Lors de l'attentat commis contre la rédaction de Charlie Hebdo, les policiers ont servis de cibles supplémentaires, y compris ceux au plus prêt des principales cibles, puisque un flic était présent au

comité de rédaction afin de veiller sur Charb.

Le jour même et le lendemain, les policiers ont servis de bonus finalement au tableau de chasse morbide des assassins.

Lors des attentats contre le bataclan, la dissuasion n'a servis non plus à grand chose. De même, lors des attentats de Nice, les policiers ont davantage couru derrière le camion assassin que dissuader le chauffeur de réaliser quoi que ce soit.

Bref : la dissuasion nucléaire ne fait trembler personne et surtout pas les terroristes qui frappent aveuglément ; la dissuasion sécuritaire ne dissuade pas du tout les terroristes, voir même, on serait tenté de dire qu'elle renforce leurs convictions et intelligences puisqu'ils (les terroristes) mettent tout leur machiavélisme pour assassiner en grand nombre en servant des failles (inévitables) qu'ils trouvent (et visiblement, il ne nécessite pas d'avoir beaucoup d'intelligence pour les trouver).

Avant d'aller plus loin, rappelons cet anecdote : le soir des attentas du bataclan, un des terroristes (Salah Abdelslam) se rend en Belgique : il est « victime » d'un contrôle au faciès à la frontière par la gendarmerie... Qui le laisse passer.

Bref, les contrôles et la dissuasion ne servent à rien.

2-Le cycle

Mais quelles sont les motivations profondes des terroristes ?

Ce que l'on sait, c'est que la menace de les déchoir de la nationalité française (le fin du fin de la politique sécuritaire de dissuasion) ne semble pas être une réponse crédibles à des gus qui vont se faire tuer. Les menacer du tribunal non plus, voir de les tuer non plus, puisqu'ils se chargent de le faire.

Lorsqu'un flic aura été foutu derrière chaque français, c'est-à-dire quand une moitié de la population sera chargée de surveiller l'autre moitié, non seulement l'atmosphère ne sera pas plus sain qu'en RDA ou en Argentine du temps de Videla (PS : à ce titre, comparez les discours de la droite avec ceux de Pinochet, Videla ou Pétain, les arguments et logiques, jusqu'aux éléments de langage, sont identiques – Qu'on me laisse dire que la droite est Pétainiste, voir fascistes, merci).

Il y aura toujours des terroristes.

Le problème est que la logique de la dissuasion est inverse à ce qui est annoncé. Il y a dissuasion parce qu'il y a création de non réponses à la création d'une situation dite d'insécurité. La dissuasion n'est donc pas la réponse, elle est la question. La droite (et je classe le PS dedans) souhaite la dissuasion par principe, et non en tant « qu'outil » pour réduire la criminalité.

La dissuasion est en fait une des perspectives nécessaire à l'établissement d'un état autoritaire plus ou moins consciemment souhaité par les politiques de droite. Je suis certain que nombre d'entre eux sont persuadés sincèrement que la dissuasion est la solution – bonne ou du moins nécessaire – à la criminalité et aux attentats quand bien même on a vu que les policiers agissent contre les terroristes certes, mais une fois seulement que les terroristes ont tué plusieurs dizaines de personnes. La dissuasion se nourrit finalement des morts des terroristes, elle en a besoin, tout comme les théoriciens de daesh affirment que l'élection du FN les arrangerait, car elle accroîtrait la distance entre musulmans et non musulmans (associés aux chrétiens, dans l'idéologie d'extrême droite de daesh ou des identitaires européens)

3-l'opposition

Bref, la dissuasion est une politique qui arrive avant les crimes et n'y répond en rien. Encore une fois, qu'elle est la motivation d'un criminel ? Qu'est-ce qu'un criminel ? Comment se créer la criminalité lorsque ce qui la caractérise, sa définition, est arrêtée ?

La dissuasion s'oppose par définition au dialogue. Elle consiste à donner un « bourre-pif » à qui vient de donner un « bourre-pif » : œil pour œil...

Pourtant à la maternelle on dit que c'est parce que l'autre à commencé que... On le dit à la maternelle, pourquoi on ne le dit pas à l'assemblée ? Pourquoi y prônne-t-on la violence ?

La dissuasion s'oppose donc au dialogue, au soucis à priori de l'autre. Elle est un échec de l'éthique (Lévinas), elle est un refus de reconnaissance (Honneth). Elle consiste in fine à considérer toute personne comme un potentiel criminel.

Les criminels ne le deviennent pas par folie (ou alors est-ce exceptionnel). Mais on ne devient pas plus criminel par folie que politique par choix, vu la reproduction des élites. Le problème consiste à savoir les problématiques dans lesquelles est engoncé tout un chacun. Ces problèmes (non reconnaissance donc, difficulté à s'identifier à une œuvre et un bien commun, fin des sciences humaines, diffusion de l'idéologie utilitariste et de l'évaluation, etc.) poussent à un désinvestissement du lien social et à l'entrée en opposition avec ce lien de la part de personnes en pleine quête identitaire.

Les attentats sont une réponse à une problématique, ce ne sont pas des actes de folie, au sens psychiatrique du terme. Mais les attentats ne sont finalement que la réponse en miroir de la dissuasion. Bêtise pour bêtise, œil pour œil...